Je suis migraineuse et je suis résiliente

Par Migraine Québec • Le 24 septembre 2021


Je suis migraineuse!

Jeune, mon père me disait : « Si tu as trop mal à la tête on devra te la couper! ». Si tu savais, papa, combien de fois j’ai rêvé de changer cette tête défectueuse!

Au début de l’âge adulte, mon conjoint m’amena à l’urgence pour un mal de tête que je ne contrôle plus. Je vomissais mes tripes, je ne tolérais plus la lumière, les bruits, les odeurs. L’urgentologue me demanda si je faisais des migraines. Je ne savais pas. Il m’injecta un médicament pour les migraines en me disant que si j’en faisais, je serais soulagée. À 5 h du matin, je regardais le soleil se lever et je dis à mon conjoint : « C’est la première fois depuis au moins 1 an que je n’ai pas eu mal à la tête. Je ne me souvenais plus qu’on pouvait être aussi bien ».

Ensuite, j’ai été suivie à la Clinique de la migraine. J’ai apprivoisé mon état. Compris mon historique familial. Je me suis désintoxiquée de tous les autres médicaments inappropriés que je prenais en quantité inavouable. J’ai écrit un journal pour comprendre mes déclencheurs et j’ai commencé ma vie d’adulte migraineuse.

Un jour, un neurologue m’a qualifiée d’olympienne des migraineuses en raison de la quantité de crises et de facteurs de déclenchement que j’ai. Ouf! Il me semble que je préférerais une autre discipline!

Paradoxalement, du côté professionnel, j’ai occupé plusieurs emplois bruyants avec des groupes d’enfants ou des emplois où je devais être entièrement présente psychologiquement en service à la clientèle. Présentement, je suis formatrice en milieu de travail. Je considère ces emplois comme étant pas toujours compatibles avec la migraine, mais vivre avec cette dernière, c’est apprendre à jouer la comédie. Je dois être aussi performante que mes collègues même si parfois je suis en état migraineux ou encore je traite une crise et j’ai le cerveau embrumé. Je considère qu’ils n’ont pas à subir ma condition. Alors je me pousse et je fais semblant.

Même chose pour mes proches. Souvent, je fais semblant que tout va bien, alors que je voudrais seulement être couchée dans le noir à un endroit silencieux. Semblant que je suis aussi festive que les autres, alors que le beau cocktail que je tiens à la main n’est en fait qu’une limonade avec de la grenadine. Semblant que le bruit infernal que font mes enfants ne me dérange pas et que j’ai vraiment le goût de jouer avec eux, alors que le crâne veut me fendre en deux. Malgré tout, ma petite voix me dit : « The show must go on »!

Dépendamment du moment de l’année et du traitement de fond que je prends, je fais entre 8 et 20 migraines par mois que je considère bien contrôlées par mes triptans. Cependant, si on remarque ma crise, il y a toujours quelqu’un de bien intentionné pour me dire que je devrais consulter tel ou tel charlatan, ou utiliser cette solution miracle ou faire telle psychothérapie… SVP, mes migraines sont neurologiques, et non tout ce que vous pouvez croire. Je ne veux pas de vos solutions bizarres ou de vos opinions qui s’avèrent souvent blessantes. J’ai tout lu, je m’informe sur les nouveautés et croyez-moi, lorsque LA solution existera, je serai la première à vouloir l’essayer!

Je connais la vie sans migraine. Pendant presque 4 ans, soit pendant mes deux grossesses et pendant que j’allaitais mes garçons, mon corps m’a donné un répit. Un petit miracle de la vie qui m’a permis de bien commencer la vie avec eux.

À 43 ans, il y a encore des deuils que je n’ai pas faits. Celui d’être une mère toujours disponible, dynamique et spontanée. Celui d’avoir assez d’énergie afin d’entreprendre ce que je veux. D’avoir une vie sans médicament.

Souffrir de migraines, c’est avoir une maladie invisible, peu connue, peu comprise et envahissante. Je tente de le camoufler, mais parfois, j’en suis incapable. L’image que j’ai de moi en crise, c’est qu’un boulet de prisonnier, d’au moins 100 livres, est attaché par une grosse chaîne dans le fond de ma tête du côté où j’ai mal. Il traîne au sol derrière moi en me tirant vers l’arrière. Lors d’une migraine, avant même d’avoir mal à la tête, je me sens fatiguée, je bâille, je cherche mes mots, et mon humeur peut changer. Sans même que je m’en rende compte, quelque temps plus tard, elle est là. Je devrai encore une fois, selon la situation, soit la tolérer, soit me traiter en me rendant amorphe avec les triptans.

Voilà, c’est ma vie avec mon boulet. La plupart du temps, je réussis très bien à jouer la comédie. Je ne laisse pas la migraine me contrôler, je ne l’écoute pas. Je refuse qu’elle prenne toute la place. Je veux une belle vie, même si je dois souvent changer mes plans et je veux que mes garçons puissent avoir une maman.

Je suis migraineuse et je suis résiliente!

–Mélanie


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Romualde
Romualde
il y a 8 jours

Waou! Que j’admire votre courage. Depuis juin je vis ça et j’ai deux enfants en bas âge. Ma plus grande peine est de ne pas pouvoir être présente à 100% pour eux.

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