Ma douleur s’appelle Migraine

Par Migraine Québec • Le 24 septembre 2021


Je vous écris ces lignes pour vous parler de ma migraine. Je l’ai eue à l’âge de 18 ans, actuellement j’ai 49 ans. J’étais lycéenne (l’équivalent du secondaire au Québec). J’étais en spécialité mathématiques, donc ça me demandait beaucoup d’efforts. Je ne dormais pas beaucoup et je me réveillais à 4 h du matin pour réviser.

Les premiers temps, je ne savais pas que c’était une migraine. Je me disais que je n’avais pas bien dormi et que j’étais stressée. Jusqu’au où j’ai très mal, avec une photophobie et des nausées, et que la couleur de mon visage a changé. Je suis brune, mais cette journée-là, j’étais noire. Je n’aimais rien, ni l’odeur du manger que ma mère préparait, ni le parfum fort que ma sœur avait mis avant d’être venue me voir. Tout ça a déclenché des vomissements qui ne voulaient plus se terminer. Plus de six fois, je suis allée aux toilettes, et une demi-heure après, tout est parti, je me sentais bien.

Ma mère m’avait alors dit : c’est la migraine. Ce mot-là m’a incitée à faire des recherches et j’ai vu que tout correspondait à mon épisode de torture. Et depuis, je souffre. En Algérie, il n’y avait pas de médicaments spéciaux pour la migraine, alors je prenais Doliprane et du paracétamol (l’équivalent de Tylenol et de l’acétaminophène).

J’ai su à travers le temps que j’avais plusieurs déclencheurs (pas chanceuse) : les hormones, les températures extrêmes, le bruit fort, les fortes odeurs, le chocolat, le parfum, la fatigue et le stress, le fait de rater un repas ou de ne pas bien dormir. Assister à une fête avec beaucoup de bruit se termine toujours par des visites répétitives aux toilettes pour vomir. Je suis du genre à supporter les douleurs, mais la douleur de ma migraine est trop intense.

Je travaille quand même, mais des fois, impossible de travailler. Je ne suis pas fonctionnelle. Tous mes employeurs sont au courant que je souffre de migraine, car j’ai eu plusieurs migraines au bureau. Quand ils voient ma face qui change de couleur, mes yeux qui veulent se fermer pour contrer la lumière et mes visites répétitives aux toilettes, alors ils me disent de rentrer chez moi.

Au sein de ma famille, c’est différent. Les premières années de mon mariage, je ne pouvais pas dire tout le temps que j’étais malade. J’avais un peu honte. Je faisais le ménage, je m’occupais des enfants et préparais à manger malgré ma souffrance. Mais avec le temps, mon mari a compris que c’est une douleur atroce et que je dois prendre un peu de repos. Alors je lui laisse tout et je pars m’isoler dans ma chambre pour dormir et reprendre mes forces.

Ça fait 33 ans que je souffre. Mes déclencheurs sont les mêmes et je ne peux pas les éviter. Il y a des mois où je fais six crises et d’autres mois, j’en fais une. Ce n’est jamais la même chose. Ce qui me dérange plus, c’est quand une crise reste plus de trois jours avec des intensités variées et quand je commence mes épisodes de vomi dans ma voiture. J’ai tout le temps des sacs en plastique dans ma voiture, car on ne sait jamais.

Depuis 2010, je fais mes suivis à la Clinique de la migraine de Montréal. Mon médecin a établi plusieurs scénarios de traitement. Il me remet des calendriers pour noter le nombre de crises par mois et l’intensité de la migraine. Je m’estime heureuse d’avoir un suivi continuel. La migraine est devenue quelque chose qui me caractérise dans ma famille. Si quelqu’un a mal à la tête, ils font référence à moi pour dire : au moins, toi, tu ne souffres pas comme Nacera.

–Nacera Yagouni


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