Ma migraine, ma partenaire, ma vie…

Par Migraine Québec • Le 24 septembre 2021


J’ai 57 ans, j’ai toujours eu mal à la tête et j’ai encore mal à la tête.

J’avais mon bol pour vomir lorsque j’écoutais mes émissions pour enfants, car j’aimais beaucoup la série Voyage au fond des mers. À l’âge de 7 ans, sans m’aviser, ma mère me fit couper les cheveux très courts, pensant que mes cheveux longs, les élastiques pour mes couettes ou mes barrettes étaient la cause de mes maux de tête. J’ai pleuré ma vie!

Au primaire et au secondaire, j’avais très souvent mal à la tête et je pensais que je n’étais pas aussi forte que les gens qui m’entouraient, qui semblaient réussir à avoir et à entretenir un cercle d’amis, à bien réussir à l’école et qui s’amusaient dans différentes activités sportives malgré leurs bobos. J’étais cernée, blanche comme un drap, je ne dormais pas bien, je n’arrivais pas à me concentrer, je cherchais souvent mes mots, je m’endormais partout et j’avais trop souvent le cœur qui brouillait mes pensées en battant trop fort dans ma tête.

Rendue au cégep, j’ai dû voyager en autobus et en métro. L’enfer! Il fallait me lever encore plus tôt, il faisait chaud, il faisait froid, les gens qui s’entassaient sur moi et mon cœur qui battaient toujours trop fort dans ma tête. Les chauffeurs me connaissaient et me laissaient vomir dans des poubelles à l’extérieur de l’autobus sur leurs parcours. Quelques fois, mon cœur arrivait à cesser de battre dans ma tête (l’étau la compressant toujours), le temps de répondre aux questions d’un examen. Une fois l’examen terminé, je devais me précipiter à la salle des toilettes pour vomir comme si, une fois la pression de l’examen passée, les battements se devaient de rattraper le repos qu’ils m’avaient accordé.

J’ai consulté à 20 ans. Je savais maintenant que je n’avais pas une tumeur derrière l’œil mais que je souffrais de migraine. On me prescrit alors du Fiorinal avec codéine. J’en prenais plus de 30 par mois avec des Gravol. J’en prenais trop, mais il n’y avait rien d’autre. J’ai ensuite entendu parler des triptans dans une émission américaine. J’ai immédiatement pris un rendez-vous avec mon médecin pour en obtenir, mais le Québec n’en vendait pas encore. J’étais pressée de trouver LE MIRACLE.

Les triptans ont aidé, mais rien de miraculeux. Après plusieurs consultations auprès de médecins, de neurologues, d’un neurochirurgien, d’ostéopathes, d’acuponcteurs, de diététiciennes; après des entrainements réguliers,  des essais de plusieurs médicaments préventifs (injections de Botox comprises), rien n’améliorait ma situation. Pire, je subissais, en plus, les effets secondaires des divers produits. J’avais des migraines tous les jours. Par grands bouts, je voulais mourir, mais le soleil finissait toujours par se lever à nouveau.
J’ai préparé des soupers, des partys pour mes enfants et pour des amis sans pouvoir y assister. Je suis devenue travailleuse autonome, car il m’était impossible de respecter un horaire fixe. J’ai manqué des activités sportives, des rencontres d’amis, des partys de Noël, de Jour de l’An, de Pâques… Même en voyage, mes migraines ne prennent pas de congé.

On dit que j’ai l’air snob ou l’air bête, lorsque, malgré ma migraine, j’essaie de vivre sans mentionner que j’ai mal. Je dois aussi dire que je me suis un peu écœurée du regard sceptique de certaines personnes de mon entourage qui semblent tannées que j’aie ENCORE une migraine, comme si je me servais de ça comme excuse pour ne pas être débordante de bonheur ou pour rester couchée à la noirceur dans ma chambre. C’est triste, mais l’amour et l’amitié sont plus difficiles lorsqu’on est atteint de migraine chronique.

Je prends maintenant de l’Aimovig. Dans les premiers temps, ce médicament m’a donné jusqu’à une semaine de repos sans migraine et lorsque j’en avais une, elle était moins forte et contrôlable. Grande joie! Aujourd’hui, son efficacité a diminué, mais mes migraines demeurent quand même plus endurables.

Je suis designer d’intérieur. J’ai pris une retraite prématurée, car avec le temps, j’ai moins de tolérance et moins de facilité à jongler avec la douleur qui se pointe à n’importe quelle heure, n’importe quand. Je suis chanceuse, car je peux me le permettre. J’occupe maintenant mon temps à m’entraîner, à jardiner, à dorloter et promener mes chiens. Les fleurs et les bêtes ne jugent personne, quel bonheur!

Je peux dire que je suis heureuse et que, malgré tout, j’aime la vie, ma vie.

Ceci dit, j’ai un conjoint, deux grands enfants, une belle-famille, quelques bon(ne)s ami(es), deux chiens et un chat très compréhensifs… Ça aide. Je les remercie de m’aider et de m’aimer quand même… car je sais que ce n’est pas toujours drôle… Ça nous prend une bonne dose de compréhension, d’écoute, de résilience et d’amour.

–Nathalie Dagenais


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