Témoignage de Jessica Labelle

Par Jessica Labelle • Le 24 mai 2019


Une nouvelle journée commence. Ce matin, comme à la plupart de mes réveils, je sens sa présence. Elle est là ! Parfois, elle vient me voir plus tard dans la journée ou en soirée. Quelquefois, elle me tire de mon sommeil en pleine nuit. À d’autres moments, elle arrive quand il y a beaucoup de lumière ou de bruits. Aussi, elle arrive quand une personne se met trop de parfum. Ah,  elle  se glisse aussi à mes côtés quand je mange trop salé ou sucré, quand je décale mon heure de repas ou quand je ne bois pas assez d’eau. Si j’ai le malheur de me coucher trop tard, elle vient aussi me visiter. Si je dois accomplir une tâche plus exigeante, elle se pointe également le bout du nez. S’il fait trop chaud dehors ou trop humide, elle est là aussi. Elle est presque toujours avec moi. Parfois, sa présence enlève mes capacités de fonctionner normalement. Elle m’oblige à rester au frais, dans le noir, sous mes couvertures. D’autres fois, elle maintient une distance raisonnable, ne siphonnant qu’un petit peu d’énergie, tout en me laissant bien fonctionner. Heureusement, il arrive à l’occasion qu’elle me laisse un répit total. Je la remercie dans ces instants-là de me laisser être pleinement moi, au meilleur de mes capacités. Je parle ici de ma maladie, la migraine chronique, elle qui est venue me rencontrer à mes cinq ans, alors que j’étais à Walt-Disney. Elle m’avait alors enlevé l’envie d’aller voir Mickey en me gardant au lit avec un sac de glace. Depuis, elle fait partie de ma vie.

Pendant mon enfance, mon adolescence et ma vie de jeune adulte, j’ai toujours cohabité avec la migraine dans mon corps. En fait, je ne peux même pas vous dire que j’aille un souvenir de ce que c’est une vie sans mal de tête, je m’y suis simplement adaptée au fil du temps. La migraine a été présente à plusieurs occasions dans ma vie, elle a toujours ajouté des défis supplémentaires dans mes réalisations et les obstacles que je rencontrais, mais jamais je n’osais la laisser me freiner. La migraine avait beau être présente à un minimum de 15 à 20 fois par mois, à intensité variable, j’ai réussi à fonctionner malgré sa présence. J’ai réussi à terminer cinq années universitaires et à devenir psychoéducatrice, à travailler dans mon domaine à temps plein, à voyager, à mener une vie sociale très active et à vivre en couple. La médication palliait souvent pour m’aider à garder un rythme « fonctionnel » et mon désir de combattre la maladie m’a permis de mener à terme des réalisations qui m’étaient importantes.

Toutefois, l’année dernière, de nombreux stresseurs personnels et professionnels sont apparus et ma banque d’énergie s’est épuisée, complètement. Vivre avec la migraine chronique au cours des vingt-cinq dernières a fait en sorte que mon réservoir était davantage sollicité à prendre de l’énergie. C’est pourquoi j’ai eu besoin de faire un STOP, de faire un « reset » dans mon corps et mon esprit. Je ne pouvais plus continuer à vivre ma vie en luttant contre la migraine, contre mon corps douloureux qui ne faisait que m’envoyer de plus en plus de signaux d’alarme.

En m’arrêtant, j’ai vu une augmentation de mes crises migraineuses en fréquence et en intensité. Heureusement, mon arrêt de travail me forçait déjà à revoir plusieurs aspects de ma vie personnelle et professionnelle, donc, ça m’a également permis d’être plus attentive à mon corps et de finalement, prendre réellement le temps de mieux connaître la migraine qui est avec moi depuis tant d’années. C’est drôle à dire, mais j’ai réalisé que j’étais en fait très peu consciente et peu informée au sujet de ma maladie. Je constatais que je m’accordais que très peu de temps de repos. C’est ainsi que la pratique de la méditation pleine conscience m’a offert un beau cadeau. Elle m’a poussé à faire face à cette maladie, à cesser de la fuir pour l’accueillir et l’accepter tout en remettant en priorité ma santé.

Je dois maintenant utiliser de nouveaux moyens pour continuer de m’accomplir en la présence des migraines. Je comprends que je dois ralentir et me réajuster. Je dois changer des habitudes de vie, je dois refuser de faire des sorties et je dois accepter de me réorienter vers un milieu de travail flexible. Je dois composer avec la souffrance et l’écouter. Lutter contre elle m’a fait avancer, mais aujourd’hui, je dois travailler en équipe avec elle. Je dois me permettre de sortir ma rage et le sentiment d’injustice qu’elle me fait vivre. Je dois également vivre avec le fait que je déçoive parfois mes proches en refusant des invitations et en menant une vie moins active qu’autrefois. Mon conjoint doit aussi souvent composer avec mes plaintes et le fait de me voir souffrir sans pouvoir faire disparaître ma douleur.

Malgré la présence quasi constante des maux de tête, je n’ai pas envie de baisser les bras ou de m’apitoyer sur mon sort. Je suis convaincue que chaque obstacle que je rencontre avec cette maladie fait en sorte que je cherche encore plus loin des solutions pour vivre en cohérence avec mes capacités et mes valeurs. Elle m’oblige à mettre en priorité ma santé et ça, c’est précieux. Ça me pousse aussi à m’entourer de personnes positives et compréhensives, ainsi qu’à prendre du temps pour me ressourcer. Ça me pousse à m’affirmer et à mettre des limites pour respecter mes capacités. Finalement, le fait de vivre avec la douleur chronique m’aide à être plus reconnaissante et plus sensible face aux petits plaisirs simples que la vie m’apporte quand je ne ressens pas de douleur. Ma maladie me permet de vivre un instant à la fois, dans la beauté du moment présent, qui n’est heureusement pas que douleur, mais aussi mille et une ressources qui se trouvent à l’intérieur de moi.

Une collecte de fonds pour Migraine Québec

En décembre 2018, mon conjoint Yannick s’est envolé pour l’Islande afin de participer à un événement bien spécial, la SPARTAN RACE : ULTRA WORLD CHAMPIONSHIP 2018. Avec son énergie incroyable et en vivant sa passion pour le sport, il s’est qualifié pour participer à cette grande course à obstacles qui a eu lieu dans un pays où les conditions météorologiques sont difficiles et très imprévisibles. Yannick, assumant les frais de cet évènement et de ce voyage par lui-même, m’a offert un beau cadeau en guise de soutien à ma maladie, les migraines, soit de récolter des fonds pour MIGRAINE QUÉBEC. En réalisant ce grand défi qui a demandé d’affronter des intempéries, de faire preuve de tolérance et de dépassement, Yannick a pu souligner la persévérance des personnes vivant avec la migraine chronique, affrontant la douleur au quotidien et continuant à foncer dans la vie. De mon côté, c’est en racontant mon histoire que j’ai pu entamer un processus d’acceptation et de guérison, une réorientation professionnelle et que j’ai pu transmettre une lueur d’espoir aux autres personnes migraineuses.

Nous avons donc pu récolter 3 070 $ pour Migraine Québec grâce à vos dons et aux partages de ce témoignage ! Un grand merci. http://migrainequebec.org/donnez/


11 réponses à “Témoignage de Jessica Labelle”

  1. Avatar Nancy dit :

    Bonsoir!
    Je comprends tellement ce que tu vis! Je vivais avec des céphalées de tension quasi quotidiennes et des migraines. J’ai rencontré le Dr Alain Aubé et ma vie a complètement changé petit à petit! Plusieurs de mes céphalées de tension et migraines venaient de la tension trop importante dans ma mâchoire, à mon serrement de dents la nuit surtout et mes vertèbres cervicales. Il a traité mon occlusion et les maux de tête sont partis à au moins 85%. Il me reste ceux qui viennent des vertèbres cervicales que je fais traiter en parallèle!
    Je t’en parle parce qu’il a de bonne statistique dans ce domaine. Il a même travaillé avec la clinique de la migraine il y a plusieurs années. ! Il a un site internet : clinique de l’institut canadien d’occlusion. Peut-être que ça pourrait vous aider!
    Sur ce, je vous souhaite un soulagement!

  2. Avatar prudhomme dit :

    je compatis et je t’admire , ta vie ressemble à la mienne la migraine cohabite avec moi .; chaque jour je me demande comment je serai et je décline des invitations et dans mon esprit je me dis je suis debout alors j’avance .. mais mon corps parfois ne suit pas.; je me fatigue beaucoup et je ne suis pas en arrêt également.; je suis assistante maternelle et parfois ce n’est pas facile mais je peux compter sur le soutien de mon mari (place pas évidente pour lui , il se sent impuissant face à maladie)..
    merci pour ton témoignage , je n’osais pas l’écrire et tu l’as très bien fait.. courage

  3. Avatar Cyn dit :

    Bravo, beau texte. Je m’y reconnais tellement. J’ai eu un parcours similaire et je suis maintenant en arrêt et en questionnement existentiel! Bonne continuation! 🙂

    • Avatar Mélissa dit :

      Bonjour, pourquoi avez vous dû vous mettre en arrêt de travail? Je pense aussi à une reconversion professionnelle mais quel métier peut être compatible avec ce mal de tous les jours et invisible.

    • Avatar Jessica Labelle dit :

      Bonjour Cyn et Mélissa, je viens de voir vos commentaires. J’espère que Cyn votre situation s’est améliorée, je comprend tout à fait les questionnements que cela peut engendrer, C’est pénible à vivre mais de mon côté, ces questionnements m’ont menés vers des changements de vie intéressants.
      Pour répondre à votre question Mélissa concernant l’arrêt de travail, j’étais dans une période de migraines très intense qui altérait significativement mon fonctionnement. Aujourd’hui, avec AIMOVIG, j’ai retrouvé une qualité de vie. Auparavant, j’étais aussi dans un contexte de travail très stressant et c’est pour ça que je me suis questionnée à changer pour un environnement plus calme et flexible.

      • Avatar Gentile dit :

        Bonjour Jessica,
        j’ai lu que votre qualité de vie s’est amélioré avec Aimovig. migraineuse depuis des années,j’ai tout essayé :traitement de fond,médecines parallèles etc..Aujourd’hui je prends beaucoup trop de triplans car j’ai environ 15 jours de migraines par mois.On m’a proposé le produit Aimovig qui s’apprête A sortir en France, cependant j.ai très´ peur des effets secondaires car j’ai lu quelques témoignages accablants….pourriez vous me renseigner sur votre prise d’aimovig 70 ou 140.Merci de votre aide .Cordialement.

        • Louise Houle, Coordonnatrice Louise Houle, Coordonnatrice dit :

          Si vous avez besoin de support, ou vous désirez échanger avec des patients ayant essayé Aimovig, je vous suggère de devenir membre du groupe d’entraide fermé sur Facebook qui s’appelle « Partage Migraine Québec » : https://www.facebook.com/groups/312758085805229/
          C’est un beau groupe chaleureux de gens comme vous qui cherchent de l’information, du soutien, des trucs et astuces pour mieux vivre avec les migraines et céphalées. Bonne chance !

          • Avatar Jessica dit :

            Oui le groupe que Mme Houle vous propose pourrait vous rassurer.
            De mon côté, je n’ai pas eu d’effets secondaires alors qu’avec certains traitements de fond, oui. Mais, chaque personne réagit différemment et le suivi médical est nécessaire. Par contre, à la pharmacie qui me fournit le médicament, on m’avait dit que les effets secondaires étaient faibles en raison du fait que le médicament agit directement sur la composante neurologique de la migraine.

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.

X