Cause de la migraine : tout est une affaire de cerveau! Les parts électriques et chimiques de la migraine

Par Dre Elizabeth Leroux • Le 6 juin 2022


La migraine n’est pas un mal imaginaire. C’est une maladie neurologique.

La prochaine fois qu’une personne vous dira « c’est dans ta tête », n’hésitez pas à lui expliquer que la migraine est une maladie neurologique avec des composantes génétiques et des mécanismes électriques et neurochimiques. Dites-lui que la recherche est bouillonnante et qu’elle est en train de révéler comment fonctionne notre cerveau. Ensuite, profitez un peu de son air ébahi. Et lisez ce qui suit pour en savoir plus.

Quelle est la cause de la migraine?

La migraine est une maladie neurologique qui repose sur différents mécanismes. Il est impossible de cerner un facteur X comme cause de la migraine. Il faut plutôt l’aborder comme un casse-tête, avec son lot de pièces à assembler.

le casse-tête de la migraine

On m’a dit que la migraine n’apparaît pas sur la tomodensitométrie ni sur l’imagerie par résonance magnétique. Comment peut-on l’étudier?

Le fonctionnement du cerveau repose sur la transmission de messages électriques et chimiques entre les neurones. Ces mécanismes sont invisibles à l’œil nu, mais aussi pour les examens de tomodensitométrie et d’imagerie par résonance magnétique (IRM).

Pensez à ces messages électriques et chimiques comme aux logiciels d’un ordinateur. La migraine est comme un problème logiciel. L’ordinateur conserve son bon état en apparence, mais les programmes ne fonctionnent pas parce que les messages ne sont pas transmis correctement.

Heureusement, différents outils scientifiques sont là pour nous permettre d’étudier la migraine.

Les pièces du casse-tête de la migraine

Le fonctionnement de la migraine repose sur un agencement de plusieurs éléments, dont l’observation dépendra des outils que nous utilisons. Ces outils sont entre autres la génétique, l’IRM fonctionnelle (IRMf), les substances connues pour déclencher ou prévenir la migraine et l’immunologie.

Plusieurs gènes ont été associés à la migraine.

Nous ne comprenons pas encore le rôle de tous ces gènes. La plupart d’entre eux sont impliqués dans les fonctions des neurones et des vaisseaux sanguins. Nous croyons que la migraine se présente sous différentes formes d’une personne à l’autre en raison du nombre élevé de gènes en cause. Certaines formes de la maladie sont liées à un gène en particulier. C’est le cas par exemple de la migraine hémiplégique.

Le cerveau migraineux ne s’accoutume pas aux stimuli répétés.

Si vous faites clignoter une lumière de façon répétée devant les yeux d’une personne non migraineuse, le cerveau de cette personne atténuera éventuellement sa réaction. Chez les migraineux, le cerveau continue de réagir, encore et encore. De telles observations sur l’absence de modulation ont été observées avec la lumière et le son. Conséquence possible, les migraineux pourraient dépenser plus d’énergie simplement à prendre conscience de leur environnement. En théorie, une surcharge de stimulation pourrait être un facteur de crise.

Pendant une crise de migraine, différentes zones du cerveau s’activent (cascade migraineuse).

Dans les études reposant sur l’IRMf, nous pouvons voir les zones du cerveau qui sont actives pendant une crise de migraine. Ces zones sont l’hypothalamus, les noyaux du nerf trijumeau et la protubérance annulaire. Pardonnez le jargon neurologique! Maintenant, jetez un œil sur l’image ci-dessous. L’hypothalamus régule l’ensemble de nos hormones et de nos cycles, y compris celui du sommeil. Les noyaux du nerf trijumeau assimilent les signaux de douleur provenant de la tête et du cou. La protubérance annulaire renferme la zone de modulation de la douleur et de la sérotonine.

L’injection de différentes substances chimiques et protéines peut déclencher des crises de migraine.

Pendant des siècles, on a cru que la migraine était due à une dilatation des vaisseaux sanguins. Les traitements visaient à comprimer les vaisseaux pour atténuer la douleur migraineuse. Nous savons maintenant que c’est plus compliqué que ça. La dilatation des vaisseaux sanguins peut déclencher une crise, mais peut aussi être la conséquence d’une crise. Pour investiguer sur les crises de migraine, les chercheurs injectent des substances comme le peptide lié au gène de la calcitonine (CGRP) chez des patients, afin de déclencher une crise.

La douleur migraineuse provient d’une irritation dans les membranes et les vaisseaux sanguins.

Les crises de migraine entraînent la sécrétion de substances inflammatoires à l’intérieur du cerveau. Cette sécrétion se produit près des artères et des membranes (les méninges) qui entourent le cerveau. C’est de là que provient la douleur, mais notre corps ne possède pas une carte qui pourrait nous indiquer où sont nos artères et nos méninges. À la place, la douleur se fait sentir dans les yeux, sous les tempes, dans les sinus et dans le cou.

Qu’est-ce que le CGRP et quel est son rôle dans la migraine?

Le CGRP (peptide lié au gène de la calcitonine) est une des substances inflammatoires sécrétées pendant une crise de migraine. Le CGRP dilate les vaisseaux sanguins et cause de la douleur. Vous trouverez une page portant spécialement sur le CGRP dans le schéma de l’arbre de la migraine (de Migraine Canada).

 

Quelle est la cause de l’aura?

L’aura est causée par une vague électrique dans le cerveau, qui prend le nom de « dépression corticale envahissante ». Celle-ci est la source de changements dans les activités des neurones et des vaisseaux sanguins. Les symptômes varient selon la direction prise par cette vague à la surface du cerveau. La plupart des auras sont visuelles, mais certaines sont accompagnées de difficultés de langage et de sensations étranges sur un côté du corps.

Le taux de sérotonine dans le cerveau migraineux est faible entre les crises, mais il atteint un pic pendant une crise.

La sérotonine est une hormone qui joue différents rôles dans le corps. Elle contracte les vaisseaux sanguins, mais elle est aussi impliquée dans de nombreuses activités cérébrales. La sérotonine joue un rôle sur l’humeur. Un faible taux est d’ailleurs associé à la dépression. La sérotonine est sécrétée dans la protubérance annulaire, une des zones actives pendant une crise de migraine. Les triptans permettent de traiter les crises de migraine en agissant sur les récepteurs de la sérotonine. Après la prise d’un triptan, le taux de sérotonine dans le cerveau change de façon spectaculaire.

Wow, c’était beaucoup de science. Les progrès ont été énormes ces trente dernières années. Et le futur nous réserve encore bien des découvertes, grâce aux scientifiques et aux patients.

Cet article a été traduit de l’anglais avec l’autorisation expresse de Migraine Canada et ne peut être copié ou reproduit sans son autorisation écrite. Pour lire l’article original, cliquez ici.


Références

  • Charles AC, Baca SM. Cortical spreading depression and migraine. Nat Rev Neurol. 2013;9(11):637-44.
  • Goadsby PJ, Holland PR, Martins-Oliveira M, Hoffmann J, Schankin C, Akerman S. Pathophysiology of Migraine: A Disorder of Sensory Processing. Physiol Rev. 2017;97(2):553-622.
  • Sutherland HG, Albury CL, Griffiths LR. Advances in genetics of migraine. J Headache Pain. 2019;20(1):72.
  • Edvinsson L. The Trigeminovascular Pathway: Role of CGRP and CGRP Receptors in Migraine. Headache. 2017;57 Suppl 2:47-55.
  • Deen M, Christensen CE, Hougaard A, Hansen HD, Knudsen GM, Ashina M. Serotonergic mechanisms in the migraine brain – a systematic review. Cephalalgia. 2017;37(3):251-64.
  • Ashina M, Hansen JM, BO AD, Olesen J. Human models of migraine – short-term pain for long-term gain. Nat Rev Neurol. 2017;13(12):713-24.
  • Schulte LH, May A. The migraine generator revisited: continuous scanning of the migraine cycle over 30 days and three spontaneous attacks. Brain. 2016;139(Pt 7):1987-93.
  • de Tommaso M, Ambrosini A, Brighina F, Coppola G, Perrotta A, Pierelli F, et al. Altered processing of sensory stimuli in patients with migraine. Nat Rev Neurol. 2014;10(3):144-55.
  • Sakai Y, Dobson C, Diksic M, Aube M, Hamel E. Sumatriptan normalizes the migraine attack-related increase in brain serotonin synthesis. Neurology. 2008;70(6):431-9.


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Marie Pagé
Marie Pagé
il y a 3 mois

Merci beaucoup! Très bien expliqué.

Marie
Marie
il y a 3 mois

Merci pour les conseils , je comprends mieux mes crises de migraine .

Macha
Macha
il y a 3 mois

Dommage que vous ne parliez pas du Protocole Stanton, qui est pourtant la une solution fiable à long terme pour contrôler ses migraines sans médicament et surtout sans tous ces effets secondaires épouvantables qui font souvent plus de dégâts qu’ils ne règlent problèmes.
Ça fait un an et demie que je suis passée de 100% de jours de migraines invalidantes à aucune migraine encore ce mois-ci.

Francine Cloutier
Francine Cloutier
il y a 3 mois
En réponse à  Macha

Pourrais-tu me donner des renseignements sur le Protocole Stanton.

Macha
Macha
il y a 3 mois
En réponse à  Francine Cloutier

Vous pouvez tout trouver sur le groupe Facebook Migraine sufferer Who Want to Be Cured by the Stanton Migraine Protocol » Ça peut sembler compliqué au début mais petite étape par petite étape, on comprend et au fur et à mesure qu’on a de moins en moins de migraines, tout devient plus facile. Il ne faut pas hésiter à demander de l’aide quand on n’est pas sur, il y a beaucoup de support et d’entraide. Je suis incroyablement reconnaissante à la personne qui m’en a parlé, non seulement je revis, mais aussi ce protocole aide beaucoup plusieurs membres de ma famille eux aussi migraineux.

Edimestre
Edimestre
il y a 3 mois
En réponse à  Macha

Merci beaucoup Macha, nous prenons votre suggestion en note!

Macha
Macha
il y a 3 mois
En réponse à  Edimestre

Tant mieux, ce protocole mérite à être plus connu chez les francophones. C’est une solution qui a le mérite de prendre en charge non seulement les migraines mais aussi la santé métabolique. (Et on sait à quel point 99% des adultes occidentaux accumulent les maladies auto-immunes et toutes sortes d’autres pathologies liées à une alimentation pas adaptée) Il y a chaque année 12 000 à 15 000 personnes qui suivent ce protocole, c’est une planche de salut pour beaucoup de migraineux chroniques, épuisés, et qui ne croient plus aux supposés medicaments « miraculeux ». Les nombreux témoignages de réussite peuvent être lus ici: https://stantonmigraineprotocol.com/testimonials/?fbclid=IwAR3LG_8ADC4ICZwsv3IiO2ppiV8l88WwTQAvQTWqZ5BcQ0cgyZ4b_ELNjao
Et je n’ai pas encore rajouté le mien!

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