Craindre l’espoir

Par Marie-Eve Branconnier • Le 1 octobre 2021


Vous êtes-vous déjà retenu de ressentir de l’espoir dans votre parcours avec la migraine? D’avoir peur de dire tout haut que vous débutiez un nouveau traitement prometteur? De vous empêcher de vivre cette émotion qui peut être si belle et si rassurante, mais qui peut également être si brutale quand la réalité n’arrive pas à la cheville de nos espérances?

Oh combien de traitements de fond avons-nous essayés en vain? Pour combien de traitements avons-nous eu la chance d’obtenir un succès momentané, mais qui s’essouffle après quelques mois? Ou même un traitement qui fonctionne, mais que les assurances ne veulent pas rembourser, car il comporte des frais exorbitants. L’espoir est un sentiment qu’on apprivoise souvent à tâtons, on se retient de trop le ressentir parce qu’on ne veut pas être déçu. Ou simplement parce qu’on craint que de se laisser y croire cause l’effet inverse, la fatalité s’abattra sur nous, le résultat ne sera pas positif. On a peur de « jinx » le traitement en bon anglicisme. La loi de Murphy, on l’a dans la peau.

C’est cette appréhension qui nous enveloppe à chaque début de nouveau traitement et c’est cette appréhension que je ressentais il y a à peine 6 mois quand j’ai commencé mon énième nouveau traitement de fond.

Aujourd’hui, 6 mois plus tard, j’espère librement. J’espère que ça continuera ainsi et j’espère même que ça ira de mieux en mieux, car oui, je vais mieux. Je vivais avec la migraine chronique et dorénavant, je peux presque dire avec confiance que mon état est épisodique. De 15 à 22 jours de migraines par mois à 8 à 15 maintenant, et ce, depuis 6 mois. Vous me direz, c’est encore beaucoup. Oui, mais aucun autre traitement n’a eu cet effet positif depuis le début de ma longue bataille.

Ça m’aura pris 6 mois pour arriver à espérer. Les premiers mois, je me surprenais à me dire « c’est peut-être une coïncidence », malgré le fait que les preuves étaient probantes. Les mois suivants, j’en parlais à peine à mon entourage en leur disant « on ne peut pas être sûr que ça marche encore, ça peut être qu’un concours de circonstances ». Quand je savais au fond de moi que le hasard n’avait rien à voir là-dedans. Ça m’aura pris 6 mois de succès pour me laisser y croire. 6 mois pour me laisser espérer pour de bon, espérer pour l’avenir, pour d’autres traitements complémentaires. J’y crois, maintenant j’y crois, pour vrai, que ma condition peut s’améliorer de jour en jour.

Avant, je n’y croyais pas, pas réellement. Ne me laissant pas espérer, j’étais cynique, sur la défensive, je protégeais mon petit cœur, je ne voulais pas tomber de haut, pas encore et encore. Toutefois, je m’étais ainsi dérobé quelque chose de précieux, la capacité d’espérer.

C’est si bon de pouvoir regarder vers l’avant les yeux brillants et combatifs, tellement mieux que de regarder l’avenir avec un boulet d’expériences néfastes attaché à la cheville. L’espoir c’est la liberté, et ça ne veut pas dire que tout est oublié et qu’on jette à la poubelle la prudence. C’est plutôt se laisser le droit de tourner la page et d’écrire une nouvelle histoire, tel un autre roman se déroulant dans le même univers plutôt qu’un tome 2, 3 ou 4 d’une série.

Je ne peux avoir la certitude que je ne tomberai plus, je risque de vivre encore de la déception. Mais ma chute, aussi haute soit-elle, sera teintée de l’apprentissage que j’ai fait ces derniers 6 mois, la conscience que l’espoir fait du bien. Et je ne retournerai pas en arrière, ça, j’en suis certaine.

Marie-Eve


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