Les bonnes journées

Par Marie-Eve Branconnier • Le 2 octobre 2020


Crois-moi, je le sais que c’est frustrant. De faire tous ces petits sacrifices qui plus souvent qu’autrement ne mènent à rien. De surveiller et mettre sur papier tes habitudes de vie, ton sommeil, ce que tu manges, ce que tu bois, c’était quoi la météo aujourd’hui, si t’as tes règles, ou non mais dans une semaine oui, ou non mais la semaine passée oui, si t’as fait du sport, si t’es stressé plus que d’habitude, s’il a fait trop soleil, pendant trop longtemps, s’il a fait trop chaud ou trop froid. Je le sais que c’est tannant, parce que demain faut que tu recommences.

Je le sais que dire que tu ne bois plus d’alcool doit systématiquement venir avec une explication. Je le sais que ça ne te tente pas d’essayer d’arrêter de manger du gluten, parce que mosus que c’est bon des pâtes, mais que tu vas essayer pareil.

Je le sais que t’es épuisé d’essayer un traitement pendant 4 mois, de l’arrêter parce que ça ne fonctionne pas et que ça prenne un autre 6 mois avant que les effets secondaires disparaissent pour de bon, que ça sorte officiellement de ton système. Que t’essaies de ne pas trop penser à si ça peut avoir eu des effets négatifs sur ta santé de prendre ça, pour rien. Mais je le sais que tu vas recommencer, parce que t’as pas d’autres solutions.

Je le sais que c’est douloureux d’endurer le mal le plus longtemps possible, parce que t’as déjà trop pris de « médocs » dans ton mois et que t’as peur que si t’en prends un de plus, tu vas tourbillonner dans l’enfer des céphalées de rebonds. Je le sais que c’est encore plus douloureux, en dedans, quand t’es pas capable de « toffer », que t’abandonnes et que tu succombes à ta drogue, finalement. En espérant que demain, t’auras pas mal, ou du moins tu seras capable de résister, cette fois.

Je le sais que c’est décourageant de voir la déception de tes amis quand t’annules une soirée à la dernière minute parce que tu ne vas pas bien. Que tu te sens encore plus mal de ne pas te sentir à la hauteur, de ne juste pas être là, pour eux.

Je le sais que tu te sens lâche de ne pas faire la vaisselle ce soir, de ne pas finir ton lavage cette semaine, de ne pas tondre ton gazon, même s’il est rendu vraiment, vraiment long, parce que t’écoutes ton corps et qu’il te dit de prendre ça mollo.

Je le sais que c’est pesant que de passer trop de temps au gros soleil en cette magnifique journée c’est risqué, que la pénombre, c’est plus là ta place. Que lorsque tu fais du sport, tu dois faire attention à ton intensité, même si t’as envie de tout donner.

Et même si t’as souvent l’impression que tous ces petits sacrifices, tous ces petits efforts ne donnent pas de résultats. Même si l’objectif principal est d’avoir plus souvent des bonnes journées, plus de journées sans douleur. N’oublie pas que ces sacrifices-là, tu les fais aussi pour ces bonnes journées-là, ces journées sans crise. Tu les fais parce que même si tu ne fais pas moins de migraines au final, les journées où t’es plein(e), t’es vraiment plein(e).

Tu continues à ne pas boire d’alcool, pour ne jamais être hangover, parce que les journées où ça va bien, elles sont comptées et pas question d’en gâcher une pour un gin tonic de trop.

Tu te reposes ce soir, te sentant fragile, au lieu de recevoir de la visite pour mettre toutes les chances de ton bord que demain tu sois top shape au BBQ.

Tu vas en essayer un autre traitement, parce que l’espoir c’est plus bénéfique sur ton moral que le désespoir.

Tu seras la dernière personne du peloton à ta ride de vélo, même si ça fait mal à ton orgueil, parce que tu ne veux pas le regretter ton effort physique.

Tu le notes ton sommeil, te couches presque toujours à la même heure pour être sûr de ne pas être fatigué si demain tu vas bien.

Alors, au lieu d’être frustré, tanné, épuisé, découragé que tous ces efforts ne portent jamais fruit, les fruits que tu souhaites si fort, dis-toi qu’ils ne sont jamais en vain, que tu les fais pour les bonnes journées, pas pour les mauvaises.


5 réponses à “Les bonnes journées”

  1. Avatar Mathieu Turcotte dit :

    Je fais de l’anxiété généralisée et c’est pareil pour moi. Je vous comprends tellement. ❤️

  2. Avatar Nancy dit :

    Ce texte c est un copier coller de ma vie et de celles de plusieurs autres j en suis sure. Très bien écrit!

  3. Avatar Elaine dit :

    Que c’est bien dit! Les montagnes russes!
    Il y a beaucoup de résilience dans ton expérience. C’est ce que j’essaie de faire mais… il y a quelque chose au fond de moi qui me pousse à toujours chercher la cause, à me sentir coupable d’être malade. Je me dis : «  Ça doit être de ma faute, il doit bien avoir une raison ! C’est pas normal tout ça! Qu’est-ce que ton corps veux te dire? Qu’est-ce que tu m’écoutes pas? D’où vient le stress? Pourquoi ces maux de cou qui se transforment en migraine? » et la ronde des questions sans réponse recommence. Est-ce qu’on peut vraiment guérir de façon naturelle? Avez-vous des suggestions pour m’aider?

    • Avatar Marie-Eve (autrice) dit :

      Pour la guérison, je dois dire que pour ma part, ça fait longtemps que j’ai décidé de croire que « guérir » la migraine n’était pas possible. Par mes lectures et mes rencontres, j’ai rapidement compris que la migraine est tellement différente d’une personne à une autre, les déclencheurs sont différents, les symptômes sont différents, la fréquence et l’intensité sont différentes. Juste moi, d’une migraine à l’autre ça change toujours, parfois à gauche, parfois à droite, parfois partout ! Alors, non je ne crois pas qu’il y ait de recette à suivre uniforme pour chacun afin de réduire et d’éliminer les crises. Plusieurs traitements de fond existent, mais ne fonctionnent pas sur tous les migraineux, il faut les tester et faire un rapport efficacité/inconvénient pour chacun. J’ai déjà lu quelque part que la migraine pouvait être considéré comme une maladie d’encrassage, voulant dire que la migraine serait le résultat d’un trop plein de quelque chose dans ton corps. Je trouve ce concept très simpliste, je fais des migraines depuis mon enfance, ce serait de dire que j’ai un trop plein X depuis mes disons 6 ans… difficile de trouver le-dit trop plein qui durerait depuis tant d’années. Comme toi, j’ai essayé plusieurs choses, couper des aliments, être à l’écoute de mon corps le plus possible pour le comprendre et quand j’ai finalement décidé qu’il n’avait rien à me dire, ce fut un poids si lourd qui s’est envolé. La culpabilité a tombé. Ce n’est pas de ta faute si tu es prise avec la migraine, au même titre que ce n’est pas de la faute à une patiente en oncologie si elle a le cancer de sein. Bien sûr t’écouter (je t’invite d’ailleurs à aller lire mon autre billet sur mon cheminement vers l’acceptation « Ma longue lutte contre moi-même », si ce n’est pas déjà fait) et essayer de trouver tes déclencheurs ça pourra toujours t’aider. Toutefois, la migraine est insidieuse et ratoureuse, si grande raison il y a derrière tes migraines, elle fera tout pour te la dissimuler, alors ne soit pas si dur envers toi-même. Si tu considères que le stress joue un grand rôle dans tes épisodes, je te suggère le yoga et la méditation. Aussi, tu parles de maux de cou, tu peux essayer d’aller voir un chiropracticien ou tout autre professionnel pouvant t’aider avec tes autres maux physiques pouvant causer tes migraines. Ce sont pour moi 3 trucs qui m’aident, mais encore une fois chaque migraineux est différent. Autre petit soulagement naturel, essaie l’huile essentiel de menthe poivrée sur tes tempes et ton cou lorsque tu as mal. S’il te plait arrête de te culpabiliser 🙂

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