Les limites

Par Maryse Loranger • Le 10 mai 2022


Mettre mes limites a toujours été très difficile pour moi. J’imagine que c’est ainsi pour plusieurs d’entre nous. Après tout, pour certaines personnes de mon âge ou de ma génération (aïe, je ne peux pas croire que je viens d’écrire ça) nos parents nous ont appris à aider aux tâches ménagères avant d’aller jouer avec les ami.es (si on est une fille), à être polies et à donner une belle « image » de nous-mêmes, à garder nos émotions pour nous (sinon on est définie comme susceptible) et à pardonner tout commentaire désobligeant et rabaissant en respectant le principe de tendre la joue gauche à celui qui nous frappe sur la joue droite. Vous connaissez? Chez nous, les enseignements de Jésus, c’était du sérieux!

À noter que cet article ne se veut en aucun temps une critique de la culture spirituelle d’un temps passé et révolu. C’est un blogue, dans lequel je vous ouvre mon jeu de cartes ou mon livre de conte, dans lequel je parle de mon vécu et de ce qui a contribué à ma compréhension du monde. J’y parle de mon éducation et de ce qui a grandement contribué à une perte d’énergie année après année jusqu’à devenir migraineuse chronique.

Je vous explique ce que je comprenais enfant :

Si je fais tout bien et si j’excelle dans tout ce que je fais, je vais offrir une belle image de moi au monde et je serai aimée. Mais quand cette phrase revient à répétition, il y a de grandes chances pour que l’enfant qui l’entend la reçoive telle une règle de vie, une valeur fondamentale à mettre en pratique coûte que coûte, peu importe si les besoins affectifs sont comblés ou non. Un peu à la manière d’un moine à qui on apprend à aimer, à être ouvert, à donner et à pardonner en toutes circonstances et de façon inconditionnelle.

Mais comment les autres réagissent-ils à cette manière d’être? Comment gérons-nous notre énergie autour des personnes qui profitent de notre gentillesse?

Ça m’a pris plusieurs années pour voir ça, mais il existe des gens avec une mentalité primitive qui sautent rapidement sur tout signe apparaissant comme étant de la faiblesse. Comme si la gentillesse était une faiblesse. C’est triste à dire mais c’est comme ça. Comme un loup sentant une blessure chez un ennemi, qui se déplace rapidement pour prendre l’avantage et revendiquer un territoire. Beaucoup d’humains ont pensé de la même manière, et il y en a encore qui pensent ainsi, malheureusement. Que l’origine de cette mentalité soit la guerre, la famine, la culture ou simplement l’opportunisme, c’est une façon d’être pour beaucoup de gens sur notre planète.

Mais qu’en est-il de quelqu’un qui est intentionnellement gentil et qui veut continuellement aider? D’une personne qui essaie de faire les choses différemment et avec amour? Comment cette personne peut-elle se comporter et agir dans ce monde sans se faire manger la laine sur le dos?

Comment cette personne peut-elle être heureuse et libre tout en ne se faisant pas écraser ou abuser émotionnellement?

Savoir mettre ses limites

Mettre ses limites est la chose à faire pour se respecter. Être aimant, gentil et généreux est évidemment la voie à suivre pour un monde meilleur, mais tout le monde ne respecte pas ces règles. À mes dépens et bien contre moi, j’ai dû faire le constat que certaines personnes avaient tellement été toxiques dans ma vie, que je devais maintenant créer une distance afin de respecter mes limites. Et chaque fois, ça me demande toute mon énergie. Et chaque fois, j’ai une migraine intense. Vous savez, celle qui ne part pas. Celle qui se nourrit de la peur du rejet, du blâme et de la culpabilité. Ce sont des sentiments qui réapparaissent chaque fois que je dois mettre mes limites auprès de certaines personnes.

Ce n’est pas juste et ce n’est pas cool mais devinez quoi? Ils ne vont pas changer maintenant… pas aujourd’hui, ni probablement demain. Personnellement, j’ai espéré que ces personnes changent en croyant que si je répondais à leurs besoins et à leurs humeurs, les contacts évolueraient vers des relations de complicité et d’échanges d’égal à égal. Mais malheureusement, il arrive que l’on soit placé à un endroit pour la simple raison que nous remplissons un rôle, sans le savoir, celui de répondre à la satisfaction de l’autre. Surtout si on est quelqu’un qui veut faire plaisir et rendre service aux autres. Simple de même.

Une étape essentielle

Être capable de mettre ses limites est une étape essentielle dans la gestion des symptômes physiques, pour plusieurs raisons :

En premier lieu, les limites vous sont nécessaires pour vous trouver dans le bon environnement qui vous permettra de prendre soin de vous-mêmes en toute paix d’esprit. Lorsque vous êtes sur le point de mettre en œuvre de nouvelles méthodes de gestion de la douleur, de l’anxiété ou de symptômes plus précis avec de nouveaux outils, vous avez besoin de temps bien à vous et d’un espace dans lequel vous vous sentez bien et en sécurité. Si vous ne dites jamais non à une invitation ou à une demande venant de l’extérieur, il peut être difficile de trouver cet environnement propice à vos besoins.

Les limites peuvent également aider à gérer vos émotions, en réduisant au minimum le malaise ou le sentiment négatif qui accompagne le fait de dire « oui » alors que vous préféreriez dire « non ».

Et enfin, pour ceux et celles qui ont vécu un traumatisme ou une enfance stressante, il peut être plus éprouvant que les gens ne le pensent d’être en contact régulier avec quelqu’un qui a joué un rôle dans ces situations traumatisantes. Malgré qu’il soit généralement difficile ou même irréaliste d’exclure une telle personne de votre vie, il est extrêmement important d’établir des limites qui vont restreindre la fréquence et l’intensité de stress que cette personne peut vous causer.

Établir des limites m’a toujours semblé difficile malgré ma vie avec la migraine chronique. On dirait que de dire non me donnait l’impression de ne pas « faire ma part » comme je le souhaitais. Je vois aussi certaines personnes qui comme moi vivent avec la migraine et se sentent obligées d’accepter certaines responsabilités pour ne pas décevoir alors que c’est déjà assez difficile de faire des actions bien simples telles les tâches ménagères. De nombreuses personnes souffrant de douleur luttent également contre une faible estime de soi et souhaitent profondément que tout le monde les aime. Ce fut mon cas pendant bien longtemps. Un vieux « pattern » vous me direz. Mais quand on finit par ne plus se fixer de limites, on se sent submergé, débordé et sans énergie. C’est là qu’on a l’impression de désappointer les gens autour de nous. Mais ce n’est qu’une impression. Quand on y pense, tout ce stress accompagné de toutes les émotions négatives, n’est-ce pas exactement le contexte idéal pour exacerber les symptômes physiques?

Des limites saines

Tout d’abord, pour avoir une bonne idée des limites que j’ai dû me créer, je me suis posé quelques questions toutes simples. J’ai commencé à prendre conscience des moments de la journée où je me sentais le plus épuisée et stressée ainsi que des moments où je me sentais vraiment bien.

  • Quelles activités me drainent?
  • Quelles activités m’apportent de l’énergie?
  • Quelles personnes drainent mon énergie?
  • Quelles personnes me donnent de l’énergie?
  • Quels sont les signaux d’alarme que mon corps m’envoie pour me faire savoir que j’ai atteint ma limite?
  • Qu’est-ce que je peux adapter ou ajuster dans ma vie pour respecter mes limites (avec certaines personnes, certaines tâches, dans ma journée, dans mes activités…)?
  • De quelle façon puis-je exprimer mes limites sans ressentir de la culpabilité?

Ces questions vous donnent simplement une idée de la façon de gérer vos activités, votre horaire et vos interactions, mais surtout et avant tout de mieux vous connaître.

Je suis certaine que vous avez déjà une bonne idée de ce qui vous convient ou non et dans quelle sphère de votre vie vous pourriez établir certaines limites.

L’important pour moi a été de reconnaître que j’avais le droit de mettre mes limites et surtout d’en ressentir les bienfaits, telle une petite victoire, chaque fois que j’étais capable de le faire, sans jugement et sans autocritique. Je me rends compte qu’avec la pratique et le nombre d’expériences positives dans l’établissement de mes limites, je me sens de plus en plus à l’aise de me pousser vers la réalisation de plus grands projets. Je peux enfin suivre mon instinct et m’accomplir selon mes rêves et mes aspirations. Voici quelques exemples très simples de situations qui pouvaient me sembler difficiles et lourdes.

  • Demander du temps seul sans interruption tous les samedis matin de 7 h à 11 h.
  • Parvenir à un compromis sur le temps que je suis censée passer avec un membre de la famille qui monopolise une grande partie de mon temps.
  • Refuser des invitations sociales lorsque je ne veux pas y aller ou que je crois que ça peut déclencher une crise de migraine.

Je ne suis pas encore rendue au niveau expert de l’établissement de limites, mais c’est en me pratiquant tranquillement, un pas à la fois, que je me rends compte à quel point ce principe de vie m’apporte le calme, la paix et, vous savez quoi, de l’énergie!

Si vous vous reconnaissez dans quelques parties de ce texte et que vous aussi êtes dans ce processus de créer et de faire respecter vos limites, je vous invite à célébrer chacune de vos petites victoires avec fierté et détermination. N’hésitez pas à me partager vos impressions sur ce sujet. J’ai hâte de vous lire!

Avec douceur,
Maryse


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