Lettre à James Bond

Par Kim V. • Le 1 mars 2022


Bond, James Bond. J’ai été subjuguée la première fois que je t’ai rencontré. Tu avais cette prestance, par ta grandeur tu en imposais. Ta voix basse m’a séduite. Toujours tiré à quatre épingles, du moins pour le travail, on faisait un duo d’enfer au boulot. J’ai changé d’emploi et nous sommes devenus un couple, je suis devenue ta Bond Girl.

Avec toi, tout était toujours plus grand que nature. Tu voulais le meilleur et offrir le meilleur. Si tu avais pu, ta vie aurait réellement ressemblé à un film de James Bond. Une ambiance feutrée au condo, des repas dignes du guide Michelin trois étoiles, rien de moins. Un martini shaken not stirred (secoué, pas remué).

C’était charmant et je me suis laissé emporter par ce faux semblant. Je savais très bien que tu n’étais pas réellement James Bond, que c’était seulement un jeu et à nous deux on jouait parfaitement. On avait une belle complicité, on se comprenait d’un seul regard. Avant même que l’autre ouvre la bouche, on pouvait déjà mettre des mots sur ses pensées. C’était une relation amoureuse rare et ça a duré sept ans.

Je savais que tu pouvais être intransigeant, mais je n’aurais jamais cru que tu me ferais goûter à ta médecine. Les premières années, tu m’as pris telle que j’étais, avec mes défauts de fabrication, l’anxiété, la dépression et les trop nombreuses crises de migraine. Tu étais compréhensif et attentionné. « Repose-toi » que tu me disais. Tu ne me mettais pas de pression pour que je retourne rapidement au travail, lors de mon premier, deuxième et troisième congé de maladie.

Puis un jour, te connaissant, dans ta tête, tu as fixé un délai et des conditions à notre couple. Un délai et des conditions que tu t’es gardé de me dire. Durant un an, tu m’as observée, tu voulais voir si je faisais vraiment ce qu’il fallait pour améliorer mes troubles de santé : si je mangeais bien à heure fixe, si je prenais l’air, si j’allais marcher, etc. C’étaient des gestes anodins, pour toi, je dirais même normaux.

Pour moi, il en était tout autrement. La médication pour gérer mon anxiété et prévenir la dépression me laissait sans énergie et me coupait l’appétit. Difficile pour moi d’aller marcher ou de me taper trois repas par jour, mais tu ne comprenais pas les effets secondaires de la médication. Tu devais croire que j’étais simplement paresseuse. Je me sentais très coupable d’avoir l’énergie d’un escargot encastré dans le fauteuil. Ma tête était et est encore comme un champ de mines. Deux, trois jours sans migraine et bang, en voilà une qui dure quarante-huit heures. Encore deux, trois jours sans et bang, une autre.

Les crises de migraine sont imprévisibles et si j’avais pu trouver une solution pour les enrayer, je l’aurais fait depuis longtemps. Tu m’as déjà dit que je préférais me geler, faisant allusion au fait que je prenais des médicaments, plutôt que d’être proactive. Sache d’abord que je n’ai jamais été gelée et que la médication que je prends est essentielle à mon fonctionnement au même titre qu’un plâtre pour la guérison d’une jambe cassée. Ensuite, je fonctionne en trainant les effets secondaires des médicaments. C’est comme avancer en trainant un gros autobus derrière soi, ça prend de la force, mais ça épuise.

Malgré que je te demandais régulièrement, non pas par insécurité, mais pour m’assurer qu’on était toujours heureux ensemble et sur la même longueur d’onde, si tout était correct, tu me disais toujours que tout allait bien. Jamais dans la dernière année de notre relation tu m’as parlé de séparation ou de ce qui te dérangeait.

J’ai été incapable de te garantir que je ne ferais plus jamais d’anxiété, de dépression et de migraine et tu m’as dit que nous deux c’était fini. J’ai su à ce moment-là que tu pensais me laisser depuis un an. J’ai bien cru que j’en mourrais et j’aurais bien pu en mourir.

Maintenant, avec le recul je sais que ce n’est pas tout le monde qui peut comprendre les maladies qui touchent le cerveau, surtout si on n’en souffre pas soi-même. J’ai aussi fini par me rendre compte que James Bond est un personnage, il est éblouissant, fascinant et presque invincible. Mais il est froid, ne démontre aucune empathie et ne vit que dans le paraître, finalement tu lui ressembles beaucoup.

Je te souhaite que si un jour tu es affligé d’un trouble de santé mentale ou autre, que tu aies quelqu’un qui soit là pour toi, dans les moments difficiles. De mon côté, je suis forte et je m’en sors très bien même si je ne suis plus une Bond Girl.

À vous qui me lisez, je vous souhaite d’être bien entouré et de prendre soin de vous.

Kim V.


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Nathalie Rondeau
il y a 5 mois

Quand on est en couple, je crois que c’est une peur constante de voir notre conjoint partir, soit parce qu’il ne comprend pas, soit parce qu’il ne veut plus de cette vie….et on peut le comprendre….nous non plus on ne veut plus de cette vie….mais on n’a malheureusement pas ce choix. Merci pour ce partage…ça n’arrive pas si souvent qu’on traite de ce sujet délicat. Je te souhaite de la douceur et du beau 😇

Kim V.
Kim V.
il y a 5 mois
En réponse à  Nathalie Rondeau

Merci pour ton commentaire. Avec les années, j’ai pris du recul et je comprend bien des choses au sujet de cette relation de couple. On vit des expériences plus ou moins agréables par moment, mais à chaque fois, on apprend.

Marie-Claude
il y a 3 mois

Très beau texte. Tu as beaucoup de talent dans l’écriture. Je compatis, la migraine à aussi brisé mon couple.

Kim Verreault
Kim Verreault
il y a 3 mois
En réponse à  Marie-Claude

Merci. C’est très triste que la maladie aie le pouvoir de briser des relations. Il est aussi difficile pour certains de voir les autres souffrir et de vivre de l’impuissance. Je suppose, que quelque part, il y a pour nous quelqu’un, qui saura nous supporter et nous accompagner comme on le ferait pour eux.

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