Mon histoire en trois temps : témoignage de Maryse Loranger

Par Maryse Loranger • Le 29 octobre 2020


Trente-trois.
Trente-trois années.
Trente-trois années vécues.
Trente-trois années vécues avec la douleur.
Trente-trois années vécues avec la douleur causée par la migraine.

Premier temps

Mon histoire commence à 21 ans. Des symptômes de migraine sont apparus dans ma vie d’enfant et d’adolescente, mais n’ont jamais été diagnostiqués comme tels. Les maux de tête, maux de ventre, maux de coeur et évanouissements étaient considérés comme étant des signes de croissance. Cela ne m’empêche pas de faire partie du programme intensif de ballet qui me demande de 20 à 30 heures par semaine d’entraînement. Cette carrière en danse classique sera écourtée par une blessure à l’aube de mes 21 ans.

En bref, ce que j’ai mis en temps et énergie pendant plus de 10 ans, s’efface comme emporté par le vent. Je regarde en avant et m’inscris au plus vite à l’université pour n’importe quel programme. « Je ne vais pas tomber. Il faut rester forte. » Loin de moi l’idée que je subirais un choc émotionnel un an plus tard.

C’est réellement à 21 ans que je subis mes premières crises aiguës de migraines ophtalmiques. À ce stade de ma vie, elles sont associées à mon cycle hormonal donc à raison d’une semaine par mois ce qui, malgré l’inconfort, demeure gérable.

Puis vient la pression des études qui fait apparaître de nouveaux maux de tête qui se manifestent sous forme de céphalées de tension que j’attribue tout simplement au stress. On me prescrit des bêta bloqueurs. Je suis en plein dénie de ma condition et de la nécessité des médicaments. Je jette la prescription à la sortie. « Je suis forte. Tout le monde le dit. »

Avec le temps, les migraines évoluent et deviennent de plus en plus imprévisibles et agressives. Et comme cette phrase dite par quelqu’un qui ne souffre pas de douleurs quotidiennes m’a dit « il y a beaucoup de gens qui travaillent avec la migraine », je continue donc de me forger un chemin bien précis dans mon domaine soit, l’enseignement de l’éducation physique et de la danse dans les écoles. Je vise haut, un poste à temps plein avec permanence. « Je vais y arriver et mes stress vont sûrement diminuer. »

Certes, j’y suis arrivée et le sentiment d’avoir atteint mon objectif fut positif pour réaliser après quelque temps que le nombre de crises par mois ne cessait d’augmenter pour atteindre un nombre démesuré de 28 par mois après seulement quelques années.

J’ai cherché comme une poule sans tête, des solutions pour que je puisse me débarrasser de cette douleur, mais surtout de cette fatigue qui n’en finissait plus. La recherche de solutions m’a amené à essayer tous les médicaments que l’on me soumettait. J’ai prêté mon corps à tous les traitements possibles dans le but et l’espoir d’éliminer les tensions pouvant déclencher les migraines. La psychothérapie était devenue ma meilleure alliée pour aller au fond des choses et en finir une fois pour toutes avec ces cicatrices émotionnelles pouvant déclencher les douleurs.

Mon rôle d’enseignante en danse dans les écoles me stimulait à créer des projets pédagogiques de toutes sortes et me demandait d’être la personne motivante, inspirante, dynamique et souriante avec tout un chacun. Pourtant tout mon corps et ma tête criaient le contraire. Mon manque d’énergie, de vitalité et de patience prenait trop de place. La douleur gagnait du terrain. Je devais faire semblant et projeter l’image que l’on s’attendait de moi. J’étais rendue à me faire des injections entre deux cours. Je me sentais piégée et sans ressource. Isolée des autres et de moi-même.

La peur de ne plus être à la hauteur de rien, la peur de se faire juger davantage que ce que l’on s’inflige déjà comme jugement, la peur de perdre quelque chose ou quelqu’un, la peur de tout perdre, la peur de se perdre emboîta le pas au rêve d’être une professionnelle accomplie et reconnue comme telle. C’était un vrai cauchemar.

Deuxième temps

Et puis est arrivé ce moment où tout a basculé. Je vais d’urgence voir un médecin en clinique privée, car je suis au bout du rouleau. J’ai mal à la tête et à tout mon corps. Mes émotions sont à fleur de peau. Il m’accorde un arrêt de travail. C’est alors que je donne mon nom pour être traitée dans une clinique de la douleur. Un an plus tard, j’obtiens mon premier rendez-vous. En un an, une fois qu’on a écoulé tout son découragement, on a le temps de lire et de faire des recherches sur ce qui peut aider en attendant ce premier rendez-vous. À ce moment de ma vie, il n’y avait qu’un seul but : gagner un jour de plus sans migraine dans mon mois.

C’est il y a huit ans que ma neurologue me donne le diagnostic de migraine chronique. Mon arrêt de travail devient une invalidité courte durée puis longue durée avec tout ce que cela comporte de batailles, d’évaluations, de pressions et de découragement tout au long d’un processus pour faire reconnaître la maladie et surtout me faire entendre.

C’est alors que je m’isole complètement, pas autant par choix que par nécessité. Mes activités sociales, mes sorties de plein air, les soupers de famille et ma vie personnelle cèdent toute la place à une pièce assombrie par une toile fermée en permanence. Mon univers a troqué la danse et la musique accompagnées de cris d’enfant à un espace sans bruit ni musique, sans goût et sans odeur, ayant comme seul réconfort, un grand divan de cuirette blanche, les 218 épisodes de X-Files et mon portable.

Pendant l’année complète, j’ai eu l’impression que les obstacles étaient trop haut pour moi, insurmontables. Jusqu’à ce qu’un médecin me dise, « il n’y a rien à faire, tu en as pour toute ta vie ». C’est là que je suis tombée encore plus bas. J’ai abdiqué et je me suis laissé aller à croire que tout était sans espoir. C’est la période de la grande dépression.

Troisième temps

Un jour j’ai lu cette phrase, je ne me souviens plus vraiment si c’était un article ou dans un livre:

« Les migraines et la dépression peuvent être liées de plusieurs manières. En outre, les migraines étant responsables de douleurs et d’invalidités sévères, les crises de migraine et la qualité de vie réduite peuvent conduire à une humeur dépressive, tandis que les changements d’humeur peuvent déclencher des migraines, comme de nombreuses autres affections. »

Je venais de comprendre que j’étais simplement dans un cercle vicieux dont on ne doit pas simplement chercher à taire les symptômes, mais en trouver la source et agir sur celle-ci. ​J’ai décidé de voir mon corps et mon esprit comme un arbre bien enraciné dans une terre riche et fertile dont les racines s’étalent pour aller chercher l’eau et la nourriture nécessaire à sa force vitale et dont les branches grandissent dans toutes les directions pour aller chercher la lumière nécessaire à son équilibre.

J’étais cet arbre qui avait besoin d’une base fertile, de force et d’équilibre. Je pouvais reprendre le contrôle sur mon cerveau en traitant mon corps avec douceur, amour et beaucoup d’attention, mais surtout en changeant mon environnement de travail, de vie et de philosophie. J’ai fait le choix de me tourner vers des approches de médecine complémentaire et alternative pour soulager les symptômes de migraine en informant ma neurologue du choix très sérieux de ma démarche. Je suis passée à l’action en tournant mon attention vers une méthode de mouvement somatique qui complétait mon amour pour le mouvement et mes besoins en termes de réhabilitation physique et mentale. L’efficacité de cette méthode de mouvement sur ma santé physique et mentale m’a motivé à entamer une réorientation professionnelle. J’avais enfin un but à nouveau. Aider les autres qui vivaient la même chose que moi par le mouvement.

J’ai déménagé dans un environnement de vie plus près de la nature et j’ai exploré des outils de gestion de la douleur comme la méditation, les marches extérieures et peut-être, trouverez-vous ça drôle, la présence de mon chien Loki avec qui je vois la vie tellement plus positivement. Voici quelques trucs combinés à ma médication et les suppléments pour la gestion de mes migraines :

  • Réveil au lever du jour
  • Commencer la journée avec 1 verre d’eau et café + 1 pomme verte
  • Attendre 30 à 60 minutes avant le déjeuner
  • Méditation du matin et du soir
  • Marche matinale avec Loki (mon chien)
  • Routine de mouvements 60 minutes
  • Des collations santé légères en avant-midi et après-midi
  • Huile essentielle de menthe poivrée diffusée dans la maison
  • Ne plus regarder les écrans d’ordi ou de téléphone le soir
  • Hydratation : minimum 2 litres/jour d’eau filtrée
  • Température fraîche pour dormir la nuit
  • Pièce complètement noire pour dormir

Bien entendue, la première source de recommandations pour le traitement de mes migraines est ma neurologue. Ce qui a été très important pour moi a été de trouver la neurologue qui travaillerait avec moi sinon pour moi pour la gestion de mes migraines. Le moment tournant a été quand j’ai compris que j’étais la personne qui serait responsable de la prise en charge de MA santé. Les spécialistes et professionnels de la santé sont là pour assister, guider et soutenir dans mes choix. C’est personnellement le point le plus important qui m’a permis de faire un virage et prendre contrôle sur mes migraines et non l’inverse.

Je termine ce témoignage en vous disant que chaque personne est différente avec ses propres forces et ses propres limites. Personnellement, j’ai accepté d’observer l’évolution constante des manifestations de migraines et de ses conséquences sur mon corps et mon mental à travers le temps comme un outil pour mieux me comprendre et m’écouter. L’observation et l’écoute de soi sont selon moi ce que nous avons de plus précieux afin d’entamer les changements nécessaires à notre bien-être et notre sérénité.

Je souhaite à tous et à toutes de vivre une vie paisible et harmonieuse.


4 réponses à “Mon histoire en trois temps : témoignage de Maryse Loranger”

  1. Avatar Marie dit :

    Bonjour , j’aimerais en savoir plus sur la routine de mouvement don vous parler ? Je suis justement a la recherche de quoi faire pour mon corps , je ne supporte aucun impact ni augmentation du rythme cardiaque trop drastique ou trop élevé . Je suis migraineuse depuis mes 12 ans , mais depuis maintenant un peu plus de 3 ans j’ai mal 7j/7 , mon corps s’affaiblit et j’ai bien conscience que ça ne m’aide pas , je suis moi aussi rendu dans un tournant où je me dit que je dois prendre soins de moi et non juste continuer d’être wonder women .

    • Avatar Maryse Loranger dit :

      Bonjour Marie,
      La routine de mouvement que je fais consiste en des mouvements doux, ronds et fluides qui mobilisent tout le corps en commençant par la colonne vertébrale. Des respirations accompagnent chaque mouvement et l’attention est dirigée vers les sensations que procurent les mouvements combinés à la respiration. C’est comme si on baillait de tout le corps à chaque mouvement, ce qui apporte le relâchement musculaire et, avec la répétition, plus de mobilité. De plus, la routine commence en position assise puis va au sol. Mais je l’adapte selon comment je me sens. C’est ce qui m’aide autant pour gérer les migraines mais surtout pour éliminer les tensions du corps. La méthode s’appelle Gyrokinesis (Gyro veut dire rond et kinesis veut dire mouvement). J’espère que ces informations peuvent vous aider.

      • Mélissa Mitchell Mélissa Mitchell dit :

        Bonjour Maryse ! Merci de ton magnifique témoignage. Ton histoire me rappelle la mienne à bien des égards. Et je chemine dans la même direction que toi. Depuis que je cherche la solution à l’intérieur de moi, par la conscience et le mouvement, je reprends du poil de la bête. Je reprends mon pouvoir personnel. Je suis heureuse de voir une partenaire de marche sur ce chemin !

        • Avatar Maryse Loranger dit :

          Merci Mélissa pour ton commentaire. Tu as bien raison. Le pouvoir est en nous et cela demande beaucoup de volonté et de focus pour y accéder car c’est tellement facile de céder au découragement. Après autant d’année à marcher seule dans le chemin de la gestion de la douleur, je suis vraiment heureuse de découvrir en toi une partenaire de marche, c’est tellement bienvenu et apprécié. Merci!

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