Il suffit

Par Alex DeSources • Le 5 décembre 2022


Il suffit!

Flibustiers honnis
Ardeurs désespérées
Vent assassin
Cheveux épines
Guêpes tortionnaires
M’arracher la tête
Scaphandre invisible
Tourmente
Nul ne voit
Paix
Silence
Pas de mots
Suffit!

——

Il suffit! Oui, il suffit!

 

Je lis les grands pas réalisés par quelquesuns d’entre nous et parfois, cela me fait envie ou me rend triste, voire me met en colère. Car pour le moment je n’ai pas cette chance.

Essayant de cultiver la joie, la paix et le bonheur dans mon quotidien. Ces émotions me déstabilisent. Si je ne me parlais pas, je pourrais rester en petite boule et pleurer. Et il n’en est pas question!

Je me dis alors: « Il suffit! Tu perds ton énergie et tu n’es pas dans la joie d’un réseau soutenant! Tu as le droit d’avoir de la peine, mais rien ne justifie ta colère ou ta jalousie. Tout le monde fait de son mieux avec cette maladie».

Je parle de ce paradoxe du groupe de partage, parce que j’imagine que je ne suis probablement pas la seule à me comparer non pas avec les gens qui ne sont pas malades, mais avec ceux qui sont malades et qui vont mieux que moi, mieux que plusieurs d’entre nous. Je me dis aussi que c’est facile de se mettre de la pression sur les épaules, par peur de ne pas en faire assez, par peur d’être prise en défaut de courage et de persévérance.

Voir ce que les autres font, c’est contempler ce que l’on ne fait pas…

Plusieurs blogueuses ont déjà abordé ce thème de la pression mise par les autres. Mais là je parle d’une sorte d’esprit de compétition à aller mieux, plus vite et plus que les autres!!! Dans ce cas, ne s’agirait-il pas d’une forme de refus de notre « état »? Quand on vit des choses difficiles, des pertes comme celles avec lesquelles nous sommes aux prises, il est naturel que de temps en temps ces « dérives égoïstes » surviennent. C’est humain et, à la rigueur, très sain. Pour ne pas rester dans cette souffrance mentale qui me semble toxique, j’utilise un mécanisme vieux comme le monde.

Je ferme les yeux, respire profondément et procède à deux analyses vite faites.

La première c’est de regarder ce que j’ai déjà pu vivre et de regarder les petits et grands cadeaux que la vie m’a faits tout au long de mon parcours. Et il y en a eu et il y en a encore beaucoup! Aussi petits soient-ils! Voir une belle photo, un délicat rayon de soleil, le sourire d’une femme sur la rue, le rire d’un enfant jouant avec mon chien, un beau texte et écrire.

La seconde, c’est de reconnaître la volonté immense qu’il m’a fallu pour dépasser plusieurs défis physiques, psychologiques et spirituels. Je mets tout délibérément au pluriel.

En effet, je vous parle de pas moins de 17 fractures et/ou interventions chirurgicales. Je n’en ferai pas l’énumération ici. On ajoute évidemment la migraine, les neuropathies, la fibromyalgie, des pneumonies et un cancer avec chimiothérapie intraveineuse.

Je partage ceci pour me rassurer et vous rassurer. À chaque fois, je me suis relevée comme vous; avec des douleurs de plus, mais je me suis relevée. Comme nous, comme les membres de notre communauté, si forte et généreuse. On en revient encore au courage et à l’Amour, mais l’Amour bienveillant de soi que l’on cultive trop peu.

Et puis, pour finir cette démarche introspective,  je m’offre mon lot de consolation absolu: si j’étais née en 1940 ou avant, je serais morte depuis longtemps. Très longtemps. À la naissance, en fait. Je me vois donc souvent comme une miraculée, une ressuscitée multirécidiviste; et surtout quelqu’un qui vit sur du temps emprunté, comme le dit un ami. Comme tout le monde vous me direz, mais quand même!

Alors après ces deux analyses vite faites, je me sens mieux, car je suis fière de moi. Je suis fière de nous, de continuer coûte que coûte malgré la fatigue, la douleur, l’isolement et l’incompréhension.

Enfin, je me dis qu’il suffit de nier la force qu’il faut aussi à ces membres qui gardent espoir et nous montrent que des gains infinitésimaux ou cyclopéens, sont possibles: refaire de l’activité physique, se réaliser artistiquement, s’impliquer dans une association, sortir prendre une marche, se remettre à cuisiner, à tricoter. Pouvoir regarder une émission par jour sur un écran.

Pour être honnête, je me demande si je suis la seule à vivre ces moments paradoxaux d’espoir et de colère? Mon petit doigt me dit que non… C’est pour cela que je tenais à écrire sur ce thème. Et puis, si je suis là seule, je reverrai la perception que j’ai de mon empathie. Mais je crois fermement que nous sommes plusieurs à expérimenter tout cela!

Allez, salut!

Alex

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1 Commentaire
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Maryse
Maryse
il y a 1 mois

Tu n’es pas seule Alex! Il m’arrive d’avoir les mêmes pensées que toi de colère, de déception car poser le genoux à terre c’est normal et je me relève en me disant que si les autres ont enfin un certain soulagement et bien je garde l’espoir qu’un jour ça sera mon tour. 🧡 merci pour ton texte