La migraine, une punition?

Par Marie-Eve Branconnier • Le 31 mai 2021


Genèse

Il y a une semaine, j’ai assisté à un baptême, avec masque et distanciation bien sûr (note à part, à quand le jour où faire une référence à la pandémie ne sera plus un réflexe?). Je ne suis pas croyante particulièrement, j’ai été baptisée bambin, je fais donc partie, par ce geste de mes parents, de la grande famille catholique, mais je me décrirais plutôt comme agnostique, basant mes croyances plutôt sur la science et ma propre spiritualité. Je ne suis pas ici pour prêcher pour ma paroisse (haha), tout ça pour dire que par cet événement, je me suis mise à réfléchir aux concepts autour d’un Dieu, aux écrits de la Bible, aux notions enseignées par l’Église.

Purgatoire

Au Cégep, j’ai lu pratiquement la Bible au complet, pourquoi vous demanderez? C’était dans le cadre de mon cours sur l’impact des mythologies et religions sur l’art dans mon DEC en arts et lettres. Je me souviens d’un constat disant que Dieu donne ses plus dures épreuves à ses plus forts soldats. Croyant ou pas, cet énoncé renvoie à un concept intangible expliquant, sans vraiment l’expliquer, le pourquoi d’une épreuve difficile. Une réponse vague et rassurante à la question « pourquoi moi? ». Un baume apaisant au « qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça? ». Retournant le sentiment de punition vers un sentiment de récompense, d’une certaine manière.

En tant que souffrant de la migraine, on cherche souvent à trouver réponse à notre condition, on cherche une réponse au « pourquoi moi? », réponse que nous n’aurons fort probablement jamais. Reste qu’on perçoit énormément notre maladie comme une punition quelconque, on croit même souvent que notre état est un résultat causé par nous-mêmes, on se demande fréquemment « qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça? ». On nous dit qu’on peut trouver et dompter nos déclencheurs. De ce fait, si les migraines ne diminuent pas, c’est assurément notre faute, non? On n’a pas cherché assez longtemps, pas fait assez d’efforts.

Immersion

J’ai eu 29 ans cette année et je fais des migraines très fréquentes depuis toujours. Même si j’ai commencé à « analyser » mon handicap seulement depuis moins d’une décennie, on peut dire que j’ai eu mon lot d’essais-erreurs assez imposant. Et à ce jour, je n’ai trouvé aucun réel déclencheur qu’il m’est possible de contrôler, aucun. J’ai remarqué une recrudescence aux changements de saison, une intensité plus soutenue à mes règles. Je suis parfois capable d’estimer que c’est telle ou telle autre chose qui aurait pu me causer la migraine, mais aucune généralité possible. Dans mon journal de migraine, on peut retrouver à la section « déclencheur » un « aucune idée » au moins une fois sur deux. L’autre moitié du temps, ce ne sont que des hypothèses boiteuses à la « j’ai bu 2 gorgées de vin dans le verre à mon chum hier, c’était peut-être ça ». Je n’ai détecté aucun aliment, aucune habitude spécifique, aucun irritant particulier où on pourrait déceler une tendance. Mes migraines se déclenchent autant en dormant qu’en plein milieu de la journée, à la maison comme au travail ou en sortie. Je peux avoir dormi 2 heures, avoir des courbatures dans tout le corps, sauter un repas, passer 7 heures devant un écran sans trop bouger et finir la journée sans aucune douleur. D’autre part, je peux avoir dormi un bon 8 heures réparateur, m’être bien alimentée et hydratée, avoir bougé un tant soit peu, avoir une journée typique de migraineuse irréprochable, quoi, et avoir une crise. Tellement, mais tellement frustrant.

Ascension

Au final, j’ai cessé de chercher. Je remplis toujours mon journal de migraine, mais j’ai accepté qu’il n’y avait pas de réponse, pas de raison à « qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça? ». Je n’ai rien fait, je ne le mérite pas. Aucune raison logique n’est à trouver, je laisse ma condition vaguer dans le monde du surnaturel, comme tout croyant en Dieu remet sa vie entre ses mains avec une confiance aveugle. J’ai compris que la migraine n’est pas une punition. Elle n’est clairement pas un privilège, un fardeau plutôt, mais un fardeau que je laisse transcender en dehors de moi. Je la subis et n’en ai pas la maitrise, elle est aussi aléatoire que les jours de pluie. C’est un amalgame de mini événements consécutifs qui causent les nuages et la pluie, le même processus se produit autour de moi et en moi, causant mes propres tempêtes. Si je ne peux contrôler les jours de pluie, je ne peux contrôler mes jours de crise.

Depuis que j’ai compris ça et que j’ai lâché prise, je vous dis que je me sens beaucoup plus en paix avec ma maladie.

Marie-Eve


2 réponses à “La migraine, une punition?”

  1. Avatar Maryse Bonsaint dit :

    Beau texte Marie-êve,

    On n’apprend à force d’expérience qu’on n’a rien fait rien pour mériter ça. Moi aussi je note tout dans mon journal et lorsque j’arrive aux déclencheurs, c’est
    « aucun » comme ça pourrait aussi bien être « toutes ses réponses ». Je ne cherche plus de cause à effet . Je ménage mon énergie. Mais, y’aura toujours quelqu’un pour me demander « est-ce que ce serait ce que tu as fait hier ou un tel événement que tu as vécu qui te cause cette crise aujourd’hui? » C’est comme un automatisme pour nous aider à aller mieux.

    Je crois que c’est Yvon Deschamps que j’ai vu dans une entrevue dernièrement, (aucun rapport avec la migraine) répondre à la question « Pourquoi moi? » Et sa réponse « Pourquoi pas moi? »

    Ça relativise 😉

    Maryse

  2. Avatar Stephanie dit :

    Merci beaucoup pour ce texte.

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