Illusion

Par Maryse Loranger • Le 10 novembre 2022


Pendant longtemps, je me suis si étroitement liée à la « vérité » de la douleur physique et de la maladie de la migraine – à ce que j’en savais, à ce que les autres m’en disaient – qu’elle était devenue une partie de mon identité, une partie de qui j’étais. «Madame Loranger, je suis désolée pour vous. Vous allez vivre avec cette maladie jusqu’à la fin de vos jours. » Cette vérité, brochée dans mon cerveau malade comme un post-it jaune fluorescent épinglé sur un tableau de visualisation, m’a terrassé d’incrédulité. Toutes mes hormones ont vibré à l’unisson pour tenter de traduire en émotions cette phrase de 19 mots déambulant devant moi en 5 secondes tout au plus. Les questions « Qui suis-je? Où vais-je? Qu’est-ce que je fais de ma vie? » se sont dissolues et entremêlées en un bouillon aussi épais que de la soupe aux pois.

Post-it

Je n’étais plus moi-même, je n’étais plus mes espoirs, mes rêves, mes objectifs ou mes projets. Au lieu de cela, je devenais la douleur. J’étais le diagnostic; un post-it dans un dossier médical. J’étais gouvernée par tout ce qui n’allait pas chez moi en opposition à tout ce qui était très bien chez moi, en moi. Les symptômes, les déclencheurs, les deuils, les renoncements à toutes ces parties si importantes de la vie. Bye Bye Maryse! Bienvenue les blâmes, la pression sociale, les doutes, les non-dits et les ombrages. « Madame Loranger, c’est pas de chance, mais vous savez qu’il y a des gens plus hypothéqués que vous. » Une autre vérité, un autre post-it planté de force dans ma matière grise déjà dans le brouillard de l’indétermination, de la perplexité, des croyances et des incroyances.

Cette “vérité” est maintenant le souvenir du passé. Un passé pas si lointain, mais tout de même en arrière de moi. Cette vérité ne disait rien de vrai en réalité. Elle me parlait des illusions que je m’étais faites de la vie et des choix qui ne me correspondaient pas, mais que j’avais acceptés d’emblée comme la couleur d’une robe de bal. Une vérité dictée par des codes, des cases à cocher, des formulaires à remplir. Puis ce vide. Le vide du puits sans fond. Aucun son, aucun écho, aucun bruit lorsque la roche affleure le dessus du niveau d’eau…et puis, s’enfonce toujours plus profondément cette idée de vérité dans un esprit clandestin illusionné par l’ignorance non intentionnelle.

Retour vers soi

Avec le temps, j’ai réalisé que chacune de mes crises de migraine était un message du corps rattaché à des émotions vécues et répétées bien précises. Tel un clignotant rouge à l’intersection, une alarme de réveil-matin, un signal haut et fort, la douleur me parlait de moi. Que de moi. Après avoir épuisé toutes les sources extérieures, révélées dans la littérature, pouvant déclencher la migraine, j’ai finalement porté un regard vers moi. J’ai rattaché les points ensemble à la manière  dont on relie les chiffres des dessins à numéros. La question à me poser est devenue progressivement en toute conscience: 

  • Que se passe-t-il en moi, en ce moment, qui me déclenche une crise de migraine? 
  • Comment je me sens intérieurement? 
  • Y a-t-il une situation qui bouscule ma paix intérieure? 
  • Est-ce un rappel qu’il est temps de me centrer? De revenir vers moi. 

Peut-être suis-je plus que ces post-its? Peut-être qu’il m’est possible de transcender cette illusion que je ne suis qu’une invalide dont la maladie porte un nom parmi tant d’autres, une maladie invisible qui s’installe dans notre “soma” comme un abcès qui grossit sous la peau et qui ne crève jamais.

“ La maladie, c’est paroles et musiques.

La musique est la même pour tout le monde

Mais les paroles n’appartiennent qu’à nous. ”

– Dr Olivier Soulier

Tout comme le mythe de la caverne de Platon, j’observe mes parts d’ombre et je réalise enfin que ces ombres ne sont que des projections de mes croyances, de mes émotions, de mes interprétations du monde, de mes peurs et finalement de mes illusions. Je pense que c’est la vérité alors que c’est une illusion. 

Les questions à me poser maintenant sont:

  • Qui suis-je et qu’est-ce que je veux faire de ma vie?
  • Que puis-je faire de mes talents?
  • Comment puis-je retrouver le chemin vers mon sentiment d’accomplissement?
  • Que dois-je laisser partir et qui dois-je laisser aller?

Bien sûr, ce sont mes questions en lien avec mon processus d’apprentissage et de développement. Je suis rendue là dans ma vie, comme me le disait ma sœur. Mais voilà, après toutes ces années à vivre avec la migraine comme si j’avais une deuxième peau, je me donne la permission de reprendre le cheminement vers le but ultime de ma vie : m’accomplir en laissant mourir les illusions pour ressusciter autant de fois que nécessaire.

Et vous, qu’allez-vous laisser partir?

Avec douceur,

Maryse Loranger

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