Liberté

Par Maryse Loranger • Le 26 octobre 2022


On a beaucoup entendu ce mot “Liberté” ces dernières années. On a vu des foules le scander avec un style propre aux révolutions historiques du passé. Personnellement, j’ai perdu le fil des raisons sous-jacentes à un tel mouvement. Rien à voir vraiment avec les révolutions de groupe de personnes qui ont réellement apporté un vent de changement fulgurant dans la structure politique et sociale d’un État sans oublier la prise du pouvoir du peuple contre les autorités en place. Mais je ne fais pas de la politique ni de l’histoire ici donc…mon humble impression s’arrête à observer et interpréter le message que les droits des uns semblent brimer les désirs des autres et vice-versa. Car c’est réellement de droits, de désirs et de reconnaissance qu’il est question selon moi. Ma question aujourd’hui est : à quoi ressemblerait la liberté pour moi? Moi, faisant partie des statistiques de personnes vivant avec un diagnostic de migraine chronique, une étiquette qui fauche automatiquement la possibilité d’une liberté du corps et, non loin de lui, son esprit, de ses droits et de ses désirs. Je vous rappelle que ceci est un blogue et qu’il n’y a pas plus d’absolus dans ce que j’écris qu’il y en a dans une recette maison de macarons au chocolat. 

Le temps passé

C’est quoi la liberté pour moi? Pendant longtemps, ce fut de ne pas avoir de douleur au cuir chevelu… puis à la base de mes occiputs, ces régions postérieures et inférieures à la base du crâne… puis au cerveau tout entier baigné dans son fluide céphalo-rachidien, ce liquide enveloppant le cerveau et la moelle épinière à la manière d’un amortisseur lors des mouvements et des changements de position rappelant étrangement la façon dont un équipement de football protège les joueurs des chocs répétés aux différents points d’impact. Finalement, la liberté est devenue simplement de vivre au moins 2 jours par mois de répit, sans douleur, sans migraine. Eh oui, la migraine chronique ne se repose que très peu. Elle veille tard et se réveille tôt! Une vraie party animal. La migraine chronique se manifeste avec une vélocité digne d’un TGV, ce train qui atteint une vitesse de croisière de 320 km/h. Le syndrome de la migraine a besoin de lignes nerveuses et hypersensibles à grande vitesse pour exister. C’est ainsi qu’elle manifeste son besoin d’obtenir sa drogue, celle qui calmera son agitation et sa fébrilité le temps d’une pause dans une station de train glacée, dans la solitude et l’armure de l’anxiété. 

Des étoiles quand tu brilles, 

Tu sais ce que je ressens, 

L’odeur du pin 

Tu sais ce que je ressens, 

Oh, la liberté est à moi,

Et je sais ce que je ressens, 

C’est une nouvelle aube, 

C’est un nouveau jour, 

C’est une nouvelle vie.

  • Extrait de la chanson « Feeling good » de Nina Simone

Sensation du passé

Je me suis sentie prisonnière de cette armure et d’un corps que je ne reconnaissais plus. Mais comment devient-on assujetti au véhicule qui nous a toujours fait avancer, nous a permis de nous adapter et nous a procuré par moment tant de joie et d’exaltation? Comment est-ce que notre temple, notre maison, l’endroit qui nous donne accès au monde et aux expériences multiples de socialisation, de réalisation de soi et d’amour, peut se retourner contre nous, contre notre âme, pour nous attacher à un carcan, ce collier de fer attaché à un poteau pour nous immobiliser et nous condamner à vivre ainsi? J’ai failli y laisser ma peau.

Année après année, les défis sous pression, le désir de reconnaissance et la livraison systématique et incessante de résultats attendus, preuves de performance à l’appui, se sont emparés de mon système nerveux. Comme des vêtements portés pour isoler le froid, je me suis isolée tranquillement du monde en multicouches. J’ai troqué ma vie active pour une existence exempte de déclencheurs, de saveurs, d’odeurs et d’expériences exaltantes. J’ai cessé d’exister aux yeux du monde, par peur qu’il voit mon incongruité. J’ai perdu la notion de liberté. Celle qui nous permet de prendre en charge notre propre vie, celle qui nous offre la possibilité de foncer sans peur et sans regret, celle qui nous permet de suivre notre voie et notre vérité.

Temps PRÉSENT

L’expérience de méditation Vipassana couplée à la découverte du mouvement GYROKINESIS®, m’a prouvé que je pouvais sortir de mes contraintes et laisser tomber mes chaînes accumulées en couches multiples. Un déclic. Un éclair, telle une lumière et sa chaleur enveloppante de soulagement. Je prends maintenant en charge la bête qui s’est déchaînée depuis plus de 30 ans juste pour attirer mon attention. Comment? En accueillant enfin cette bête dans mes bras. En maternant ce qui représente ma peur de la douleur et mon sentiment d’impuissance, de honte et de culpabilité face à cette maladie invisible stigmatisée de la migraine. Je suis la belle devant la bête et je deviens sa mère. Je cajole la bête jusqu’à épuisement. Je me donne enfin à moi-même ce qui m’a tant manqué et je comble les carences générées génétiquement avec la désensibilisation enseignée par les spécialistes en trauma. Je renverse les rôles et du coup, je modifie les paradigmes inculqués par mon éducation et par les croyances inhérentes à un environnement toxique. J’aime sans fin cette bête qui est en moi et qui EST moi, sans détour, avec franchise et compassion. Je lui donne ce qu’il y a de plus rare dans notre société : une attention inconditionnelle. Un acte d’amour pour me remettre au monde. Je deviens ce que j’ai toujours recherché pour quelques instants furtifs et finaux afin de renaître à chaque seconde. Je m’offre ce dont j’ai été carencée, soit de l’apaisement, maternel, aimant et sécurisant. Je suis enfin apte à me voir et à me reconnaître avec un regard quasi délirant par sa vérité. On a toutes et tous nos vérités propres et uniques. Je ne suis plus la fille qui vit avec la migraine. Je suis la mère qui met au monde les appels au calme, à l’énergie, à la joie, à la volonté, à la douceur et à l’amour, pour étouffer le potentiel destructeur des souffrances transmises à coup de bâton de bois passé au suivant à la course à relais. Le chemin vers la liberté, c’est la rééducation de nos pensées, de nos croyances et de nos émotions, une rééducation du cerveau, purement et simplement, peu importe la durée du processus. Le temps n’existe plus. Le moment PRÉSENT est la clé pour ouvrir le cœur et le laisser saigner vers sa guérison.

 

Pour un instant, j’ai retourné mon miroir,

Ça m’a permis enfin de mieux me voir,

Sans m’arrêter, j’ai foncé dans le noir,

Pris comme un loup qui n’a plus d’espoir,

J’ai perdu mon temps à gagner du temps,

J’ai besoin de me trouver une histoire à me conter,

Pour un instant, j’ai respiré très fort,

Ça m’a permis de visiter mon corps,

Des inconnus vivent en roi chez moi,

Moi qui avais accepté leurs lois…

  • Extrait de la chanson « Pour un instant » de Serge Fiori

Et après…

Nul ne sait ce qui arrive après un tel déploiement d’amour suivi du glissement solitaire vers l’effacement et, subséquemment, la mort de ce qui nous identifie depuis si longtemps. Seule l’action permet de dépasser le sentiment de perte pour le remplacer par un acte de vivre. Cet acte est la liberté d’avoir été, d’être et de devenir. C’est le cheminement, le processus vers la libération des masques, des armures, des faux-semblants et des peurs d’une noirceur opaque dont les bras nous arrêtent dans la course vers le dépassement de soi et nous étouffent par leurs forces invisibles. J’ai cessé d’avoir peur de la bête, car je la regarde pour ce qu’elle est: du passé. Elle est un peu comme la lumière des étoiles que nous voyons, mais dont l’existence n’est plus. Des fragments d’une existence passée et lointaine. J’ai décidé de mettre mes lunettes d’approche de côté, car elles ne me servent plus et, comme dit la chanson, de “retourner mon miroir afin de mieux me voir”, à chaque instant dans la constance et la douceur.

Je vous propose maintenant une petite pause d’exercice pour respirer, extrait de la Méthode Vittoz et si généreusement partagé avec moi par mon amie Claire, une mentore, ma source de lumière et mon pilier.

Inspiration : Je puise le calme, l’énergie, la joie, et la force dans cet air.

Rétention : Je me les assimile.

Expiration : Je les manifeste dans mes pensées, mes sentiments, mes actions…

Avec constance et douceur,

Maryse

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2 Commentaires
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Maryse Bonsaint
Maryse Bonsaint
il y a 1 mois

Merci Maryse pour ton beau texte! Il y en a du chemin de parcouru pour en arriver à virer le miroir comme tu dis. J’aime ta référence au texte de la chanson pour un instant qui est la première que j’ai interprétée à la guitare. C’est la deuxième fois que je l’entends cette semaine, ça doit être un signe! 😉🧡