La migraine…encore

Par Karol-Ann Fortin • Le 4 mai 2023


Dehors, le ciel bleu et la brise d’une journée d’automne gratifiante. Le genre de journée où on veut tout faire, où le soleil est bon dans le visage et dont la brise fraîche remplit nos poumons de pureté. Mais au loin, un écho, trop souvent entendu. Une douleur à la mâchoire, une raideur au cou, une tension derrière un œil, un pincement au cerveau, seulement d’un côté.

 Et là, on comprend. On comprend ce qui s’en vient et que notre journée n’aura pas la même couleur que prévu. On se dirige vers notre arsenal de médicaments : tripant-naproxen-maxalt-morphine-imitrex, cette boîte qui contient le peu d’espoir de s’en sauver. Mais souvent, il est déjà trop tard.

 Je redoute le moment qui s’en vient. Celui d’affronter le regard de mon chum qui comprendra que lui aussi, sa journée sera chamboulée,encore une fois. Je prononce ces quatre petits mots, qui planent quotidiennement au-dessus de nous : j’ai une migraine. Il comprend sans comprendre. Il me dit de prendre mes pilules tout de suite et de prendre soin de moi. Et là, c’est comme un protocole qui s’enclenche, car oui, nous avons tous notre routine migraine. Ces gestes qui nous soulagent souvent plus l’âme qu’autre chose. Pour moi, c’est un bain chaud, le genre de chaleur qui laisse une rougeur sur la peau. Pour d’autres, ce sera la noirceur, une débarbouillette froide sur les yeux, une pièce tranquille, les rideaux fermés, sans bruit, une huile sur le front, une douche froide, un lit silencieux… Un pacte avec le diable.

 On se dit que ce n’est rien, que cette fois-ci ça passera. On s’y accroche toujours, à cette possibilité trompeuse et ça ne fait qu’empirer la déception et on tombe de plus haut. La migraine commence parfois lentement, comme un murmure, mais parfois elle frappe, le cœur battant dans nos tempes et notre corps s’emballe. Notre déjeuner ressort, et ça ne fait qu’accentuer la douleur. Une douleur vive, d’un seul côté, parce que comme si cette douleur était répartie sur la totalité de notre crâne, nous n’y survivrions pas. Les larmes coulent sur notre visage sans qu’on s’en rende compte et là, plus rien n’existe. La douleur prend toute la place. Les minutes deviennent des heures et pour certains, des jours.

 Et c’est à ce moment précis qu’on se rappelle les mots de notre collègue, notre ami·e et/ou même celui de sa famille : prend des Tylenol ça va passer. Aujourd’hui, j’arrive à en rire, mais il fut un temps où cette phrase me mettait hors de moi. Comme si on pouvait combattre un ouragan avec un parapluie. Mais ceux qui n’ont jamais eu à faire à une migraine ne peuvent pas comprendre et ça aussi, nous devons nous-mêmes le comprendre. Ils ne comprendront jamais que ce n’est pas un mal de tête et qu’ils ont la chance de ne pas vivre avec leur regard méprisant. Je les envie, de ne pas savoir, de ne pas subir et de vivre dans cette douce insouciance.

 Vivre de migraine rend les relations de travail tendues, les amitiés difficiles et les amours capricieux. Qui n’a jamais dû annuler un souper entre amis, qui n’a jamais dû mettre son ego de côté pour encore annuler une activité qui nous tenait à cœur? Combien de fois j’ai dû regarder ma fille, le cœur rongé de remord, rentrer chez ses grands-parents parce que j’étais incapable de m’en occuper. Combien de fois j’ai dû prendre mon courage à deux mains pour appeler mon patron et lui annoncer que j’allais encore manquer une journée

 Parce qu’au final, c’est ça ; la migraine arrive, frappe et repart. Ce n’est pas comme un pied cassé que notre corps doit guérir. Il n’y a pas de processus de guérison. Quand la migraine n’est pas là, nous allons bien, même très bien. Parce qu’après avoir souffert autant et avoir eu aussi mal, quand ça se termine, on se sent léger·ère. La vie reprend tranquillement, pendant que les derniers vestiges des médicaments s’estompent. Sur le coup, on se sent heureux·euse que ce soit enfin terminé. Ensuite, on maudit le ciel d’avoir perdu une autre journée. On reçoit ensuite les effets de cette crise, un·e conjoint·e épuisé·e, des collègues sceptiques, un·e boss déçu·e et des enfants qui ne comprennent pas. Et même si le soulagement de se sentir physiquement mieux fait du bien, ce n’est qu’en attente de la prochaine fois, car oui, il y aura une prochaine fois.


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1 Commentaire
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Melissa Berry
Melissa Berry
il y a 11 mois

Merveilleuse façon d’expliquer le déroulement d’une migraine dans la vie quotidienne.
J’adore la phrase “Comme si on pouvait combattre un ouragan avec un parapluie.”