Le recul nécessaire

Par Maryse Loranger • Le 12 janvier 2023


Le soleil vient de se coucher sur l’année qui se termine et voilà qu’il se lève déjà sur cette nouvelle journée, ce nouveau mois. Nous sommes le 1er janvier 2023. Je ressens une paix intérieure en regardant les premières lueurs du jour tout en remarquant l’élégance des sapins et des bouleaux jaunes qui meublent le paysage des Laurentides. J’ai cette grâce de pouvoir poser mes yeux sur la beauté naturelle de la forêt. Mes sens me permettent de jouir du son feutré d’un silence presque absolu digne des régions au nord, construites sur la terre et non sur du béton, de la vue des arbres qui marquent les saisons plutôt que des commerces annonçant la prochaine fête commerciale, de la fraîcheur des rivières qui nous rappellent l’impermanence de la vie par son mouvement continuel. Je ne peux m’empêcher de me sentir tellement privilégiée d’être ici, maintenant. Malgré les crises de migraine quotidiennes, je me sens heureuse.

Pourtant, il y a quelques jours seulement, je passais d’un bonheur sans bornes à des doutes alimentés par de fausses perceptions plus proches de mes peurs personnelles que de la réalité. Pourtant, je me connais bien et je sais que la répétition de crises de migraine dans un court laps de temps me vide de mon énergie vitale et me fait vivre de l’appréhension sur la prochaine crise et l’intensité de la douleur. Mais j’ai relu cette dernière phrase que j’ai déjà partagée dans mon billet du 1er décembre intitulé Protection

C’est le modèle émotionnel de l’enfant que nous étions qui réagit au présent de l’adulte que nous sommes devenu.

– Betty

Cette phrase est un appel à un recul. Un recul nécessaire pour intégrer ce qu’elle veut dire pour moi dans ma vie, au cours de ma dernière année, et ce qu’elle peut avoir comme influence sur ma prochaine année. Avec ce blogue, mon but est de vous partager mes expériences et mes inspirations tout comme l’on partage de doux moments avec la personne que l’on aime autour d’un bon déjeuner. Et vous, comment partagez-vous vos inspirations?

Recul

Dans mon introspection sur mon soudain changement d’émotions, je me suis arrêtée. J’avais besoin d’une distance, non nécessairement de la situation que je croyais percevoir, mais de moi-même. Me replier de mes inconforts. Les laisser traverser mon corps en les observant et permettre un temps de répit à mon esprit à la suite de  cette montée fulgurante d’adrénaline, digne d’un chevreuil qui prend les pattes à son cou. 

Lorsque je me trouve dans mes vieux patrons de pensées, il me semble qu’en un éclair, tout mon corps peut faire volte-face et réagir en un « fight or flight » des plus primitif. Mes émotions se soudent en un mur bétonné et indestructible afin d’arrêter tout ce qui peut me paraître menaçant. Et l’inconfort de me sentir inadéquate, pas à ma place ou même prenant trop de place devient une menace pour mon équilibre. En fait, en me regardant de plus près, je réalise que la migraine que je subis est une réponse exclusivement émotionnelle à cette forte contraction du corps et de l’esprit. Mais pourquoi un tel impact? C’est une vive réaction à un rappel du passé. Des fois, une impression suffit pour faire rejaillir les sentiments encombrants d’un passé pourtant révolu. 

Doutes

Le fait de vivre avec la migraine me fait souvent douter du regard des autres sur moi. Je cherche encore à dissimuler la douleur associée à la migraine. À faire comme si j’allais bien en espérant pouvoir gérer la crise calmement avant de présenter des signes ou des symptômes que les autres pourraient voir. Pourtant, je sais maintenant que c’est le regard qu’on a posé sur moi dans mon cheminement d’enfant qui m’a amené à vivre des stress répétitifs sur de longues périodes. L’exigence de la perfection et de la performance, la non-reconnaissance de ma sensibilité ou de mes efforts, le rejet, l’abandon, l’humiliation, et j’en passe, m’ont forgée en une version de moi-même hyper sensible, hyper réactive, mais surtout en hyper protection de mes limitations comme de mes meilleures ressources. Le jugement et la critique étaient devenus insupportables et l’idée de les subir à répétitions, anxiogène. Pendant longtemps, je n’ai pas été en mesure de totalement reconnaître que ma valeur ne tenait pas à ma capacité à exceller ou à être à 100%. Un simple regard de côté, un ton de voix un peu trop sec, un mot au choix ambigu. Et BAM! Me voilà transformée en chevreuil qui court comme un fou!

Valeur

Pendant ces 24 heures de recul, je me suis rendu compte que je mettais en doute ma valeur aux yeux des autres en une fraction de seconde. Puis-je être entièrement appréciée, vue et aimée alors que je suis si souvent limitée par cette maladie? 

Toutefois, j’ai réalisé que notre valeur ne peut être jugée, car nous sommes tous uniques, dignes et essentiels dans cette vie, ici maintenant. Nous semons tous quelque chose d’important autour de nous. Que les autres ne puissent pas accueillir ce que nous leur offrons, que ce soit de la reconnaissance, de l’amour ou une simple attention, ne regarde qu’eux. Car eux aussi peuvent vivre avec des doutes sur eux-mêmes ou même sur nos intentions. Peut-être les dissimulent-ils aussi, tout comme nous?

La question de la dignité peut se poser dans de nombreuses sphères de notre vie, lorsque nous nous demandons, même inconsciemment, si nous méritons le succès, l’amour, le bonheur et plusieurs autres aspects, passant des relations de soutien et d’amitié à une belle maison. En fin de compte, je crois que lorsque nous nous acceptons tels que nous sommes (bien sûr, je parle de moi et peut-être ces mots vibrent-ils avec vous?), nous ne nous demandons plus si nous sommes dignes, car nous savons que nous sommes ici pour remplir un but particulier, un but que personne d’autre que nous ne peut remplir.

Il n’y a personne à part nous qui pouvons vivre notre vie, aucune autre personne qui a vécu les expériences que nous avons vécues, qui a accès aux mêmes ressources et relations, qui porte le même message à partager avec notre monde extérieur. Je réalise que peu importe mon objectif dans cette nouvelle année ou ce que j’ai pu accomplir dans le passé, de grand ou de petit, ma valeur se situera toujours dans de petits actes de gentillesse partageant la scène avec des actes de don de soi, en passant par l’écoute et l’humilité. Je me donne la permission d’accepter mon caractère unique avec ses hauts et ses bas. C’est ainsi que je réussis à savoir qui je suis et que je vois plus clairement ce que je suis appelée à faire et à quel moment.

Enfin, je vous laisse sur ces quelques lignes de réflexions de Thomas d’Ansembourg, écrivain et conférencier.

 Je suis personnellement frappé de voir combien la peur a longtemps imprégné la plupart de mes rapports, de mes relations humaines : peur de ce que l’autre pense, peur de ce qu’il ne pense pas, peur de ce qu’il dit, peur de ce qu’il ne dit pas, peur d’un excès de paroles, peur d’un silence trop long, peur d’un manque d’amour, peur d’un excès d’amour, peur de parler, peur de taire, peur d’être seul, peur d’entrer en relation, peur de n’avoir rien à faire, peur d’être débordé de travail, peur de plaire, peur de déplaire, peur de séduire… Bon sang, que de peurs! Et que d’énergie consacrée à combattre ces peurs!

Il m’a fallu longtemps pour réaliser que toute cette énergie « bouffée » par la peur n’était donc plus disponible pour l’action, la création, pour être, simplement. 

Avec douceur,

Maryse


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2 Commentaires
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Maryse
Maryse
il y a 14 jours

🫶🏻

Marie Pagé
il y a 7 heures
En réponse à  Maryse

J’adore! Une très bonne piste de réflexion.